L'an 476, un chef des Hérules, trouvant le titre d'empereur trop vil, l'abolit, et relègue Augustule, dernier successeur d'Auguste, dans une villa habitée autrefois par Marius et Lucullus, et située sur le promontoire Misène qui avait reçu son nom d'Enée, illustre aïeul des Césars.
L'an 481, Hlodwig, fils de Hildrik, est élevé à la royauté des Franks. Il inaugure son règne en dispersant l'armée du rex Romanorum Syagrius, fils d'Egidius; puis, impatient de profiter des discordes des Burgundes, il épouse Hlotilde, nièce de l'usurpateur Gundbald. Hlotilde était chrétienne; et bientôt le farouche Hlodwig, cédant à ses prières, demanda à Remigius, évêque de Reims, de répandre les ondes sacrées du baptême sur sa longue chevelure. A son exemple, trois mille Franks consentent à renoncer solennellement au culte des idoles. Les chrétiens saluent dès ce moment avec enthousiasme la monarchie de Hlodwig qui, telle que la basilique dont sa frankiske a marqué la place dans la cité des Parisii, porte une croix à son sommet, mais ne repose à sa base que sur le fer d'un barbare. Le christianisme, que n'a pu ébranler la redoutable invasion des peuples septentrionaux, est appelé à recueillir désormais le fruit de leurs triomphes.
Vers cette époque, l'évêque Vedastus releva l'église d'Arras dont les ruines, cachées sous les ronces, servaient de retraite aux bêtes sauvages.
Dans une cabane située près de Reims vivait un solitaire nommé Antimund. Remigius lui ordonna, au nom des devoirs de la charité, de se dévouer à la rude et active carrière de l'apostolat. «Ceux que tu dois convertir au culte du Christ, ajoutait l'évêque de Reims, sont les Morins qui, bien que les plus reculés des hommes, ne seront bientôt plus éloignés de Dieu. C'est une nation dure et obstinée; mais souviens-toi que ceux qui résistent au glaive se soumettent à la parole du Seigneur.» Plusieurs années s'écoulèrent toutefois avant qu'Antimund parvînt à établir au milieu de ces peuples barbares le siége de son épiscopat.
Depuis les persécutions de Maximien, les chrétiens de Tournay avaient cherché un refuge hors de leur cité. Eleuthère était leur évêque au temps de la conversion de Hlodwig, et son hagiographe raconte que onze mille Franks reçurent de lui le baptême.
Les Franks ne renoncèrent toutefois que lentement à leurs superstitions et à leurs usages. Chrétiens humbles et dociles au pied des autels, ils retrouvaient dans leurs banquets les mœurs féroces de leurs pères. Nous savons d'ailleurs qu'une grande partie des Franks qui suivaient Hlodwig refusèrent d'abandonner leurs idoles, et allèrent rejoindre sur les bords de l'Escaut et de la Lys Raganher et Riker, autres rois franks issus, comme Hlodwig, de la race de Hlodi.
La victoire de Voglé, où les Westgoths et les Arvernes succombèrent, avait affermi la domination des Franks. Hlodwig reçut de l'empereur d'Orient Anastase les insignes du consulat, la chlamyde et la robe de pourpre; ensuite il alla à cheval, distribuant au peuple des pièces d'or et d'argent, se faire couronner dans la basilique de Tours.
Hlodwig, auguste, consul et chrétien, oublia les liens étroits qui l'unissaient autrefois aux Franks idolâtres du Nord, et ne se souvint plus que de la nécessité de préserver de nouvelles invasions la monarchie qu'il avait fondée. Il commença par la ruse l'œuvre que la violence devait achever. Il fit d'abord assassiner Sigbert, roi des Franks de Cologne, par son fils Hloderik lui-même; puis il adressa ce discours aux Franks de Sigbert: «Apprenez ce qui est arrivé: tandis que je naviguais sur l'Escaut, Hloderik, fils de mon parent Sigbert, attentait aux jours de son père, prétendant que c'était moi qui voulais sa mort. Hloderik a péri également, frappé par je ne sais quelle main; mais je suis complètement étranger à ces événements, car je ne puis répandre le sang de mes parents, ce qui serait un crime. Cependant, puisqu'il en est ainsi, je vous donnerai un conseil: si vous le trouvez bon, tournez-vous vers moi, afin que vous soyez sous ma protection.» Ainsi dit Hlodwig, et la royauté de Sigbert fut à lui.
Khararik, autre prince frank, fut livré avec son fils à Hlodwig, qui les dégrada en faisant raser leur chevelure pour les reléguer ensuite dans un cloître. Khararik pleurait de honte. Son fils lui dit: «C'est sur une tige verte que le feuillage a été coupé; mais il ne tardera pas à reparaître et à croître de nouveau. Puisse celui qui l'a fait tomber périr aussi promptement!» Ces paroles arrivèrent aux oreilles de Hlodwig. Il ne respecta plus la tige vigoureuse, impatiente de porter au loin ses altiers rameaux.
Le roi Raganher régnait à Cambray, et son domaine s'étendait vers le Littus Saxonicum. Hlodwig corrompit ses leudes en leur donnant des pièces de monnaie, des bracelets et des baudriers en airain recouvert d'or. Raganher, trahi par son armée, voulait fuir; mais il fut arrêté par les siens et conduit avec son frère Riker devant Hlodwig. «Pourquoi, dit Hlodwig à Raganher, as-tu déshonoré notre race en te laissant enchaîner? Il eût mieux valu mourir.» Et il abaissa sa hache sur sa tête. Puis s'adressant à Riker, il ajouta: «Si tu avais porté secours à ton frère, il n'aurait pas été enchaîné.» Et il frappa Riker d'un coup de hache. Les leudes de Raganher se plaignaient d'avoir été payés en fausse monnaie: «Ceux qui trahissent leurs maîtres n'en méritent point d'autre,» leur répondit le vainqueur, plein de mépris pour ceux dont il n'avait plus besoin. «Malheur à moi! s'écria Hlodwig lorsque l'œuvre de destruction fut achevée; tel qu'un voyageur dans des régions étrangères, je n'ai plus de parents qui puissent m'aider si les jours d'adversité arrivaient.» Il parlait ainsi, dit Grégoire de Tours, non qu'il regrettât ses crimes, mais par ruse, afin de découvrir s'il ne lui restait pas quelque parent qu'il eût oublié de faire périr. La mort exauça la plainte hypocrite du roi frank, et le réunit dans la tombe aux princes de sa race qu'avait immolés sa main.