Ainsi les Saliens s'établirent en amis et en alliés sur les rives de l'Escaut. Il appartenait à ces contrées, illustre asile des fières et tumultueuses libertés du moyen âge, d'être le berceau de la grandeur des Franks.

La royauté des Franks, qui, soumis à l'autorité romaine, n'avaient eu longtemps que des chefs de guerre (unterkonings, duces, subreguli), s'était reconstituée. Vers l'an 426, Hlodi, fils de Teutmir et petit-fils de Rikomir, si puissant au temps de Maxime, fut élu roi des Franks.

Hlodi, après s'être emparé de Tournay et de Cambray, étendit ses expéditions jusqu'à la Somme. Le chef des Romains, le Scythe Aétius, qui avait recueilli le génie et l'ambition du Vandale Stilicon, marcha au devant des Franks, accompagné du jeune césar Majorien, et les rencontra près du bourg d'Helena. «Au sommet d'une colline, dit Sidoine Apollinaire dans le Panégyrique de Majorien, les Franks célébraient un bruyant hyménée. Au milieu de leurs danses barbares, une blonde fiancée acceptait un blond époux. On raconte que Majorien vainquit les Franks. Les casques retentissaient sous les coups, et la cuirasse repoussait, de ses écailles, les atteintes redoublées de la hache. Enfin les ennemis lâchèrent pied. On voyait briller sur leurs chars fugitifs les ornements épars de cet étrange hyménée, les vases et les mets du festin, les marmites couronnées de fleurs où trempait le poisson. Le vainqueur s'empara des chars et de la fiancée. Moins digne de mémoire fut la lutte où le fils de Sémélé entraîna les Lapythes et les monstres de Pholoé, lorsqu'au milieu des brûlantes orgies des bacchantes, ils invoquaient Mars et Vénus et, prenant leurs coupes pour traits, rougissaient de leur sang les sommets de l'Othrys. Qu'on ne célèbre plus les querelles des enfants des nuages... Majorien dompte aussi des monstres qui relèvent, au haut de leur front, leurs cheveux d'un roux ardent, afin que leur tête, privée de chevelure, paraisse plus hideuse. Leur œil bleu lance un humide et pâle regard. Leur figure est rasée de toutes parts, et le peigne, au lieu de barbe, ne rencontre que de longues moustaches. C'est pour eux un jeu que de lancer les framées rapides à travers les airs, de chercher l'endroit où ils vont frapper, d'agiter leurs boucliers, de se précipiter au-dessus des haches croisées, et de se hâter d'accourir vers l'ennemi.»

Aétius, vainqueur de Hlodi, voulant châtier les peuples armoriques qui avaient refusé d'obéir au lieutenant romain Littorius, les livra à Eochar, roi des Alains. Ils ne pouvaient plus rien espérer des Franks: aux vengeances d'Aétius, à la fureur avide des Alains, ils opposèrent le pieux zèle d'un prêtre chrétien. Dans les murs d'Auxerre vivait l'évêque Germanus, vénérable ami de la vierge Genowèfe, qui fut plus tard la protectrice des Parisii menacés. Germanus, cédant aux prières des députés de l'Armorique, se rend au-devant des Alains qui s'avançaient déjà, et saisit par la bride le coursier d'Eochar. Le chef barbare recule devant la parole de ce vieillard désarmé; et l'évêque d'Auxerre, voulant consolider son triomphe, va mourir à Ravenne en plaidant, auprès de Valentinien et de Placidie, la cause de l'Armorique, effrayée par la colère d'Aétius.

Après la défaite et la mort de Hlodi, la plus grande partie des Franks avaient reconnu l'autorité romaine, et, sous les auspices d'Aétius, ils avaient élevé à la royauté un de leurs chefs qui lui était dévoué, Merwig, fils de Merwig, de la tribu des Merwings, qui, originaire des bords de l'Elbe, s'était mêlée aux Marcomans et aux Sicambres avant d'occuper dans la Batavie l'une des rives du Wahal qui conserva son nom.

Cependant le plus jeune des fils de Hlodi, adolescent à la blonde chevelure, se rendit à Rome pour réclamer l'héritage de son père. Quelques présents et le vain titre d'ami du peuple romain furent tout ce qu'il obtint. L'autre, Hlodibald, alla trouver Attila, chef terrible de la grande et féroce nation des Huns, et réclama l'appui de ses armées.

Attila réunit cinq cent mille barbares. L'Occident entier frémit d'épouvante. Aravatius, évêque de Tongres, était à Rome. Saint Pierre lui apparut et lui dit: «Il a été arrêté dans les desseins de Dieu que les Huns ravageront la Gaule. Hâte-toi d'aller mettre l'ordre dans ta maison; prends un blanc linceul et prépare ton tombeau.» A Troyes, une autre vision annonce l'arrivée des barbares à l'évêque Lupus.

Armé du glaive de Mars et de l'anneau d'Honoria, le roi des Huns, tel qu'une sombre tempête portée par l'aquilon, s'avance dans la Belgique; les Gépides, les Hérules, les Bructères, les Thorings et quelques autres peuples franks ripewares, le suivent. Aétius, qui trouve dans cette invasion le moyen d'affaiblir les barbares déjà établis dans la Gaule, oppose à la nation des Huns les Westgoths de la Septimanie, les Franks Saliens de Merwig et quelques Allemans, débris d'anciennes cohortes auxiliaires. Les innombrables armées d'Aétius et d'Attila se rencontrèrent dans les plaines Catalauniques, arène immense, longue de cent lieues et large de soixante et dix. Trois cent mille cadavres jonchèrent le champ de bataille, et l'on vit un faible ruisseau qui traversait le théâtre de cette lutte gigantesque devenir un torrent de sang. Impuissant à s'ouvrir un passage à travers les soldats d'Aétius, Attila se retira dans son camp où il resta toute la journée du lendemain, faisant sonner ses trompettes et prêt à se précipiter, si sa retraite était forcée, dans un bûcher formé des selles de ses chevaux. Le rugissement du lion dans son antre effraya le vainqueur.

Attila s'éloigna sans être poursuivi; mais l'année suivante, comme il avait envahi l'Italie, il périt d'une mort soudaine, digne des récits qui entourèrent sa vie de terreur. Sa monarchie s'éteignit avec lui. Valentinien, ne redoutant plus qu'Aétius, fit assassiner le vainqueur des Huns. A la mort d'Aétius, dit la chronique de Marcellin, finit l'empire d'Occident.

Hildrik, fils de Hlodibald, avait profité de l'abaissement de l'autorité romaine pour rétablir la domination de son aïeul. Repoussé par le magister militum Egidius, qui prend le titre de princeps Romanorum, il se réfugie chez les Thorings, reparaît, étend ses conquêtes jusqu'à la Loire, et revient mourir à Tournay.