LIVRE QUATRIÈME.
989-1119.
Baldwin le Barbu.—Baldwin ou Baudouin le Pieux.
Baudouin le Bon.—Arnould le Simple.
Robert le Frison.—Robert de Jérusalem.—Baudouin à la Hache.
Reconstitution de la société.
Développements de la civilisation.—Les croisades.
Le fils d'Arnulf le Jeune était appelé à une tâche glorieuse. Si Baldwin Bras de Fer avait élevé la puissance de la Flandre, Baldwin le Barbu, en la maintenant, lui assigna son caractère et ses véritables destinées.
«Il était illustre et courageux, célèbre par sa renommée, distingué par sa piété; ses richesses étaient immenses. Il marcha à la tête de ses armées et sema la terreur parmi ses ennemis. Aux triomphes du glaive, il ajouta ceux de l'intelligence. Il honora la justice, corrigea les lois iniques, défendit la patrie et protégea l'Eglise. Sévère pour les déprédateurs et les hommes orgueilleux, il était vis-à-vis des personnes humbles et douces également humble et doux.»
Le onzième siècle voit s'ouvrir une ère nouvelle; les hommes, éprouvés par de longs malheurs, sentent le besoin de se rapprocher; quelques-uns même racontent que la voix du ciel s'est fait entendre pour ordonner que la paix soit rétablie sur la terre. «Ne songez plus, répètent les évêques, à venger votre sang, ni celui de vos proches; mais pardonnez à vos ennemis.»
Sous cette heureuse influence, le commerce s'étendait rapidement par les relations qui existaient entre la Flandre et l'Angleterre. Un grand nombre de navires abordaient à Montreuil et à Boulogne; mais c'était dans la cité de Bruges qu'affluaient le plus grand nombre de marchands, et, dès le onzième siècle, les richesses qu'ils y apportaient de toutes parts l'avaient rendue célèbre.
A Gand, les populations qui habitaient l'enceinte des monastères fondés par saint Amandus descendaient de la colline où elles avaient trouvé un asile, pour s'établir au milieu des prairies resserrées par l'Escaut, la Lys et le fossé qu'Othon avait fait creuser pour qu'il servît de limite entre la France et l'empire. Elles y formèrent une minne, et le port qu'elles créèrent devint le centre d'une cité florissante. Le voisinage de deux fleuves favorisait l'extension de leur commerce.
Si les habitants de Gand et de Bruges s'associaient au mouvement de civilisation et de progrès qui se manifestait de toutes parts, leur exemple fut toutefois stérile pour la plupart des Flamings, qui préféraient une vie tumultueuse et agitée à la paix des villes. Leurs gildes restaient campées aux bords des flots, derrière les monticules de sable qui conservaient le nom gaulois de dunes, entre le monastère de Muenickereede, cette autre Jona, fondée par des Scots, et les étangs de Wasconingawala, dans le comté de Guines. Elles s'étendaient jusqu'à la forêt de Thor, au delà des plaines de Varsnara, et occupaient Alverinckehem, Letfingen, Aldenbourg, Liswege, Uytkerke, que les vagues de l'Océan ne baignaient déjà plus, Oostbourg dont le port allait bientôt disparaître comme celui d'Uytkerke.