Tandis que la Flandre se relevait de ses ruines, les comtes de Toulouse, de Blois et de Chartres voyaient leur influence s'accroître; les Capétiens acceptaient la tutelle des ducs de Normandie, qui soutenaient leur royauté pourvu qu'elle restât humble et faible. Lorsqu'en 966 Hug Capet engage le roi Lother à envahir la Flandre, le duc de Normandie intervient pour qu'il ne poursuive point sa conquête. En 987, le duc de Normandie interpose de nouveau sa médiation pour l'empêcher de combattre Arnulf le Jeune, qui, comme descendant de Karl le Grand, refusait de reconnaître les droits de son heureuse et récente usurpation.

Rotbert, successeur de Hug Capet, fut un prince pacifique et timide. Il attendit et chercha à mériter par une patiente résignation qu'une époque vînt où sa dynastie serait assez forte pour se suffire à elle-même et secouer le joug. C'est ainsi qu'épousant tour à tour Berthe, veuve d'Eudes de Blois, issue des comtes de Vermandois, et Constance, fille des comtes de Toulouse et nièce des comtes d'Anjou, il s'abaissa devant ses ennemis, rechercha leur alliance et partagea avec eux l'autorité du gouvernement.

En France

...Dose pers... estoient

Qui la terre en douse partoient.

Chacun des douse un fié tenoit

Et roi appeler se faisoit.

Parmi les pairs, il faut citer les ducs de Normandie et de Bourgogne, les comtes de Toulouse et de Champagne. Le comte Baldwin le Barbu fut, au sein de l'aréopage féodal, le représentant de la Flandre, devenue, entre tous les comtés du royaume, la première pairie de France.

Le roi Rotbert ne songeait qu'à maintenir la paix: la guerre vint de l'Allemagne. Après la mort d'Othon, fils de Karl, dernier roi de la race karlingienne, l'empereur Henrik II avait donné le duché de Lotharingie à Godfried d'Ardenne. Les comtes de Namur et de Louvain, qui avaient épousé les sœurs d'Othon, protestèrent. Le plus puissant des comtes qui appuyèrent leurs prétentions fut Baldwin le Barbu. Il saisit le prétexte de ces dissensions pour passer l'Escaut et s'empara de Valenciennes. L'empereur vint l'y assiéger; mais l'approche des armées du roi de France et du duc de Normandie, qui se disposaient à secourir les Flamands, le réduisit à se retirer. Impatient de venger sa honte, Henrik II reparut l'année suivante, et, du haut du château jadis confié par le roi Othon à Wigman, il dirigea les attaques de ses hommes de guerre contre le port de Gand défendu par Baldwin. Cependant il échoua de nouveau dans ses efforts, et ses succès se bornèrent à ravager quelques plaines et à incendier quelques villages. Enfin la paix fut conclue à Aix. L'empereur, menacé par d'autres vassaux, abandonna au comte de Flandre, à titre de fief, la cité de Valenciennes, et peu après, dans une assemblée tenue à Nimègue, il y ajouta l'île de Walcheren et d'autres domaines qui avaient fait partie de la donation de Lodwig le Germanique au comte Théodrik.

La puissance du comte de Flandre s'accroissait chaque jour. Son fils, qui se nommait aussi Baldwin, fut fiancé à Athèle, fille du roi Rotbert et de Constance de Toulouse, qui lui porta pour dot la ville de Corbie: il n'avait pas vingt ans lorsque le mariage fut célébré. L'éclat de ce royal hyménée échauffa son présomptueux orgueil. Soutenu par quelques hommes obscurs, il demanda que son père renouvelât en sa faveur l'abdication d'Arnulf le Grand; mais sa rébellion fut presqu'aussitôt comprimée, grâce à l'intervention du duc Rikhard de Normandie. Afin que le souvenir même de ces déplorables divisions fût complètement effacé, une assemblée solennelle fut tenue à Audenarde. Là, en présence de l'évêque de Noyon et de tous les nobles de Flandre, on apporta processionnellement les reliques des saints les plus vénérés. La châsse de saint Gérulf s'avançait la première, parce que saint Gérulf, né au village de Meerendré dans le Mempiscus, appartenait par sa naissance à la Flandre; puis venaient celles de saint Wandrégisil, de saint Amandus, de saint Bertewin, de saint Vedastus et d'autres saints, illustres patrons des villes ou des monastères. La paix y fut proclamée, et tous les nobles jurèrent de la respecter.