Le comte de Flandre semble avoir été moins favorable aux Flamings. Tant que la croisade s'était prolongée, Robert II avait pu protéger les compagnons intrépides de ses guerres d'Orient: Baudouin VII, régnant en Flandre, ne vit en eux que les constants perturbateurs de la paix publique. En irritant leurs passions, en bravant leurs colères, il ne songeait point que si sa vie devait être trop courte pour qu'il eût à les craindre, elles ne tarderaient point à frapper son successeur.

«Baudouyn, fils de Robert le Jeune, dit Oudegherst, fust appelé Hapkin ou Hapieule, à raison de sa grande justice; car en son temps, et plusieurs ans après, les exécutions de justice qui de présent se font de l'espée, se faisoyent de douloires ou hapkins.» «Le comte Baudouin, ajoute une chronique flamande, portait toujours une petite hache à la main, et quand il voyait un beau chêne, il le marquait de sa hache en disant: Voilà un bel arbre pour construire une forte potence.» On raconte qu'il parcourait ainsi ses États, punissant le coupable et écoutant les plaintes de l'opprimé.

Le comte de Flandre ne montra pas moins d'énergie vis-à-vis des barons féodaux. Gauthier d'Hesdin et Hugues de Saint-Pol perdirent leurs châteaux et se virent réduits à fléchir sous sa puissance.

Suger a vanté le courage de Baudouin: il se souvenait des exploits de son père et cherchait à les égaler. Comme Robert II, il soutint Louis VI qui fit un voyage en Flandre pour réclamer ses conseils. Ses hommes d'armes envahirent la Normandie, et comme Henri Ier le menaçait d'aller se venger dans les remparts mêmes de Bruges, il se contenta de répondre qu'il irait au devant de lui jusqu'aux bords de la Seine. Fidèle à sa promesse, il s'avance bientôt, suivi de cinq cents hommes d'armes, devant la cité de Rouen, enfonce sa hache dans ses portes et défie en vain le monarque anglais qui ne paraît point.

Baudouin assiégeait le château d'Eu, lorsqu'un chevalier breton, nommé Hugues Boterel, le blessa légèrement au front d'un coup de lance. La fatigue et l'ardeur d'un soleil brûlant aggravèrent la plaie: Henri Ier, affectant une noble générosité, s'empressa d'envoyer ses médecins près du comte de Flandre; mais, selon l'opinion commune, loin de chercher à guérir sa blessure, ils y répandirent un poison dont l'action, quoique lente, était terrible. Dès ce moment, Baudouin VII comprit que la tombe qu'il avait choisie à l'abbaye de Saint-Bertin ne tarderait pas à s'ouvrir pour lui; ses forces s'épuisaient de jour en jour, et le 17 juin 1119 il rendit le dernier soupir à Roulers.

LIVRE CINQUIÈME.
1119-1128.

Charles le Bon.
Conjuration des Flamings. Attentat du 2 mars 1127.
Guillaume de Normandie.

Charles de Danemark, parent au second degré du comte Baudouin VII qui l'avait désigné pour son successeur, était fils du roi Knuut ou Canut, selon la prononciation romane. Saint Canut avait péri martyr dans une église où des conspirateurs l'avaient frappé. Charles de Danemark était encore enfant lorsque sa mère, fille de Robert le Frison, le conduisit en Flandre, et la triste image de la fin de son père l'y suivit comme un souvenir prophétique. Le comte Charles possédait les mêmes vertus: si sa mort fut également pieuse, sa vie ne fut pas moins héroïque.