Louis VI, cédant aux prières de Guillaume de Normandie, consentit à mettre le siége devant Lille; mais Thierri d'Alsace le repoussa et le contraignit à se retirer. La guerre que poursuivait Henri Ier absorbait toutes les forces de la France, et peu après, s'il est permis d'ajouter foi au témoignage des historiens anglais, Henri Ier obligea le roi Louis VI à refuser tout secours au fils de Robert de Normandie.
Les populations d'Axel, de Bouchaute et de Waes s'étaient empressées d'accourir à l'appel de Thierri. Les Brugeois et quelques Flamings l'avaient rejoint. Il assiégeait à Thielt le château de Folket, lorsqu'il apprit que son compétiteur s'avançait avec une nombreuse armée. Guillaume de Normandie avait résolu de mourir plutôt que d'être le témoin de son déshonneur. Après avoir confessé ses fautes à l'abbé d'Aldenbourg, il avait coupé ses longs cheveux et pris de nouvelles armes en signe du vœu qu'il adressait au ciel; ses plus braves chevaliers avaient imité leur chef.
La bruyère d'Axpoele, près de Ruisselede, fut le théâtre du combat. L'armée de Guillaume campait sur une colline d'où l'on apercevait celle de Thierri. Des deux côtés, trois corps de bataille se formèrent: chacun des deux rivaux s'était réservé le commandement du bataillon qui devait lutter le premier, et tous deux avaient également juré de succomber plutôt que de renoncer à leurs prétentions au comté de Flandre. Partout, on raccourcissait les haches et l'on cherchait à s'attaquer de près. Daniel de Termonde s'élance bientôt au milieu des hommes d'armes de Guillaume. Une affreuse mêlée s'engage: Frédéric, frère de Thierri, est renversé de son cheval; Richard de Woumen rend son épée. Mais Daniel rétablit le combat, et déjà ses ennemis ploient, lorsque le second bataillon de Guillaume, jusque-là immobile, se met en mouvement et s'avance au devant des vainqueurs. La victoire échappait à Thierri, et il rentra vers le soir, presque seul, à Bruges, où, pendant toute la nuit, on n'entendit que les gémissements de ceux qui avaient perdu un père, un frère ou un ami. Thierri, dans son malheur, suivit l'exemple que son adversaire lui avait donné: il coupa ses cheveux et ordonna un jeûne général pour fléchir la colère du ciel.
Rien ne prouve mieux l'impopularité de Guillaume de Normandie que la stérilité des résultats de son triomphe. Aucune cité ne lui ouvre ses portes. Ce n'est que treize jours après la défaite de Thierri qu'on voit le vainqueur assiéger le château d'Oostcamp, aussitôt secouru par les Brugeois; puis il se dirige vers Alost, où il joint son armée à celle du duc de Brabant, que l'issue de la bataille d'Axpoele ou d'anciennes contestations relatives à la dot de Gertrude d'Alsace, veuve de Henri de Bruxelles, éloignaient de Thierri. Iwan et Daniel occupent la cité d'Alost. Thierri s'y est enfermé avec eux.
Peu après, dans un combat sur les bords de la Dendre, Guillaume de Normandie, voulant rallier les siens, se précipite témérairement au milieu des ennemis. Il saisit la lance d'un bourgeois nommé Nicaise Borluut; mais celui-ci, en se défendant, la lui enfonce dans le bras depuis la main jusqu'au coude. Bientôt la plaie s'envenime et s'ulcère, et, après cinq jours de douleurs pendant lesquels il se revêt de l'habit de moine, il expire le 27 juillet 1128. Guillaume de Normandie était à peine âgé de vingt-sept ans, lorsqu'une mort cruelle termina ses aventures et ses malheurs.
Les assiégeants avaient réussi à cacher la perte de leur chef. Godefroi de Brabant s'empressa d'adresser des propositions de paix aux défenseurs d'Alost: «Apprenez, dit-il enfin à Thierri lorsqu'une trêve eut été conclue, apprenez que le comte Guillaume, que vous avez si énergiquement combattu, a succombé à une blessure mortelle.» Godefroi et Thierri avaient accepté l'arbitrage du roi d'Angleterre. Henri Ier l'emportait sur Louis VI, et c'est ici qu'il faut rapporter ces paroles de Siméon de Durham qui prouvent combien il prit part à l'élévation de Thierri: «Henri Ier succéda à Guillaume, comme son plus proche héritier, avec l'assentiment du roi de France; mais il remit le comté à Thierri pourqu'il le gouvernât sous lui.»
Lorsque Henri Ier descendit dans le tombeau, il eut pour successeur Etienne de Boulogne, qu'il avait contraint à rendre hommage au comte de Flandre. Etienne était moins favorable à Thierri que Henri Ier: il accueillit dans son royaume Guillaume de Loo, et l'on vit, à son exemple, quelques-unes des tribus les plus indomptables du Fleanderland émigrer en Angleterre, où elles ne tardèrent point, selon l'expression d'un historien anglais, à rentrer dans la condition des serfs.