Thierri et Philippe d'Alsace. Les gildes.—Les communes.—Guerres et croisades.
Lorsque le comte Charles annonçait à ses amis que sa mort serait éclatante et glorieuse, il prédisait à la fois le culte religieux qui honorerait ses vertus et l'extinction des haines auxquelles il offrait son sang. En effet, à peine a-t-il succombé pour la cause de la justice, que l'accomplissement de sa mission se manifeste à tous les esprits: ses meurtriers eux-mêmes respectent ses restes mutilés; les cités de la Flandre se les disputent; les princes étrangers accourent pour les protéger. Barons et chevaliers, bourgeois et hommes des communes, tous semblent avoir eu la révélation que, sur son tombeau, reposeront trois siècles de puissance et de grandeur.
A la dynastie d'Alsace appartient l'honneur de compléter l'œuvre de saint Charles de Flandre, en asseyant sur des bases solides les institutions qui assureront la paix du pays.
Galbert nous apprend que Thierri affranchit à jamais les bourgeois de Bruges du census mansionum (le census mansorum des lois karlingiennes), et sa réconciliation avec Hacket, qui rentra en possession de la châtellenie, mit en même temps à l'abri des tributs et de l'opprobre de la servitude les Flamings soumis à son autorité, désormais désignés par le nom d'hommes libres, d'hommes francs de la châtellenie de Bruges, d'habitants du pays libre, de Francqs-hostes ou Francons, comme on disait encore au dix-huitième siècle. Thierri, en proclamant leurs droits, sanctionna la législation qui leur était propre, et cette loi du pays franc est restée le monument le plus important de l'existence d'une législation toute empreinte encore de la rudesse des mœurs primitives du Fleanderland.
De même que la loi salique fixait la composition du meurtre du Romain propriétaire à la moitié de celle du meurtre du Frank, la loi de la châtellenie de Bruges n'évalue que la moitié d'un homme libre le clerc qu'elle considère comme Romain, conformément aux usages des temps barbares.
Toutes les autres dispositions de la loi du pays franc rappellent également les coutumes des nations germaniques.
Celui qui tue un homme ou lui mutile un membre donnera tête pour tête ou membre pour membre.
Celui qui rompt la digue de la mer perdra la main droite.
Au plaid, on juge d'abord les questions de ban, puis on s'occupe des duels et des jugements par l'eau et le fer.
Plus loin apparaît le wehrgeld que, pendant tout le moyen-âge, nous retrouverons dans les mœurs de la Flandre.