Lorsqu'un meurtre aura été commis, le prix de la réconciliation sera levé sur les biens du meurtrier; puis les otages de la paix seront donnés des deux parts, et tous ceux qui appartiennent à leur minne, c'est-à-dire à leur gilde, payeront les frais de leur séjour.
Cette mention de la gilde est remarquable. Placée à côté de dispositions plus modernes, où l'on voit se dessiner peu à peu l'intervention des baillis, des écoutètes et des autres officiers du comte, elle nous ramène à la forme primitive de l'organisation politique. Longtemps les gildes des Flamings n'avaient présenté qu'un caractère mobile, inconstant et vague: cependant, à mesure que les progrès de l'agriculture groupèrent les bourgs et les villages, à mesure que le développement du commerce créa des marchés d'où sortirent des villes florissantes, elles devinrent, en s'attachant au sol, plus stables et plus fixes; et bientôt on les vit s'élever rapidement au-dessus de toutes les gildes qui les entouraient, comme une gilde supérieure régie par des lois que chacun était libre d'adopter, mais qui imposaient à tous ceux qui y adhéraient un serment solennel d'obéissance. La base de ces associations était l'élection des juges chargés d'y maintenir l'ordre et d'y punir les délits (selecti judices). De là le nom que portaient leurs règlements, cyr, cyre (dont on fit plus tard keure et chora), élection, choix libre; on donnait celui de cyre-ath (keure-eed, choram jurare) au serment sur lequel reposait l'observation de la cyre. Les juges de la cyre s'appelaient cyre-mannen (keurmannen, choremanni); les membres de la cyre, cyre-broeders (keure-broeders).
Un de ces règlements nous a été conservé, c'est la charte de la gilde ou minne d'Aire, qui semble avoir été rédigée pour la première fois peu d'années après la victoire de Bavichove «pour arrêter les mauvais desseins des hommes pervers.»
Il y est formellement fait mention du marché commercial, où tous les marchands étrangers pouvaient se rendre protégés par un sauf-conduit.
«Dans la gilde se trouvent douze juges élus (selecti judices, choremanni) qui ont juré que dans leurs jugements ils ne distingueront point entre le pauvre et le riche, celui qui est noble ou celui qui ne l'est point, leur parent ou l'étranger. Tous ceux qui appartiennent à la gilde ont juré également que chacun d'eux aidera son gilde en ce qui est utile et honnête.
«Si quelqu'un s'est rendu coupable d'injure ou de dommage, que celui qui a souffert ne se venge ni par lui-même, ni par les siens, mais qu'il se plaigne au rewart de la gilde, et que le coupable amende son délit, selon l'arbitrage des douze juges élus.
«Celui qui se sera rendu coupable d'injure payera cinq sous au rewart de la gilde et à son ami outragé; s'il néglige de payer ces cinq sous pendant la première semaine, l'amende sera doublée la seconde semaine et triplée la troisième; s'il néglige entièrement de la payer, qu'il soit chassé de la gilde comme coupable de parjure.
«Si l'un des membres de la gilde a tué son conjuré, aucun des amis du mort, à moins qu'il n'ait été présent au meurtre, ne pourra le venger pendant quarante jours; mais si le meurtrier n'amende point la mort de son frère dans le délai de quarante jours selon le jugement des juges élus, et s'il n'a point satisfait aux poursuites des parents du mort, qu'il soit chassé de la gilde comme coupable et parjure, et de plus, si les douze juges élus l'ordonnent, que sa maison soit détruite; si les amis du coupable refusent de payer l'amende fixée, qu'ils encourent la même peine.
«Si la maison de l'un des conjurés a été brûlée, ou bien si la rançon qu'il a dû payer pour sortir de captivité a diminué ses ressources, que chacun donne un écu pour aider son ami appauvri.»
A Aire, le chef de la gilde municipale portait le nom saxon de rewart; ceux qui en faisaient partie, celui de minnebroeders, frères de la minne, amis ou conjurés.