Por chou que preudom le trova.

Ptolémaïde avait été conquise: Jérusalem resta au pouvoir des infidèles. Le roi d'Angleterre aperçut ses remparts du haut des collines d'Emmaüs, où s'étaient jadis agenouillés les croisés de Godefroi de Bouillon. Il ne lui fut point donné d'aller plus loin, et c'est l'historien de saint Louis qui raconte qu'on entendit alors Richard Cœur de Lion s'écrier en pleurant: «Biau sire Diex, je te prie que tu ne seuffres que je voie ta sainte cité, puisque je ne la puis délivrer des mains de tes ennemis.»

Telle fut la fin de la troisième croisade.

LIVRE SEPTIÈME.
1191-1205.

Avénement de la dynastie de Hainaut.
Baudouin VIII.—Baudouin IX.
Croisade.—Conquête de Constantinople.

Lorsque Philippe-Auguste demanda à Richard que, conformément au traité de Messine, il lui cédât la moitié de ses conquêtes dans l'île de Chypre, le monarque anglais se contenta de lui répondre: «J'y consens, pourvu que tu partages aussi avec moi les dépouilles du comte de Flandre.»

Le roi de France ne voulait partager avec personne les dépouilles qu'il convoitait. «Il cherchait, dit Roger de Hoveden, à trouver une occasion de s'éloigner du siége de Ptolémaïde pour s'emparer du comté de Flandre.» A peine quelques semaines s'étaient-elles écoulées, que Philippe-Auguste déclara qu'il abandonnait les croisés pour retourner en Europe.

Cependant, quelle qu'eût été la célérité du départ de Philippe-Auguste, il arriva trop tard pour réaliser complètement ses desseins. Le chancelier de Hainaut, Gilbert, prévôt de Mons, se trouvait en Italie lorsque des pèlerins lui annoncèrent la mort du comte de Flandre: le messager qu'il se hâta d'envoyer à son maître voyagea si rapidement, que Baudouin le Magnanime fit reconnaître son autorité dans les provinces flamandes avant que l'on y eût appris que la dynastie d'Alsace s'était éteinte au siége de Ptolémaïde. L'archevêque de Reims, Guillaume aux Blanches Mains, qui gouvernait la France pendant l'absence du roi, n'avait point tardé, à son exemple, de prendre possession de l'Artois, jadis donné en dot à la reine Elisabeth, qui était morte l'année précédente: la veuve de Philippe d'Alsace avait jugé également l'occasion favorable pour demander que les villes de Gand, de Bruges, de Grammont, d'Ypres, de Courtray, d'Audenarde, fussent réunies à son douaire qui comprenait déjà toute la West-Flandre. Mathilde, qui selon l'usage de cette époque, portait le titre de reine parce qu'elle était fille de roi, s'était alliée secrètement à l'archevêque de Reims: son ambition, qui devait appeler tant de malheurs sur la Flandre, s'applaudissait de ces divisions; mais la plupart des villes lui fermèrent leurs portes: on vit même en Artois les habitants de Saint-Omer prendre les armes pour protester des sympathies qui les attachaient à la Flandre. La reine Mathilde et l'archevêque de Reims s'effrayèrent: ils virent avec joie des conférences s'ouvrir à Arras, et l'on y conclut un traité qui laissait l'Artois au pouvoir de la France, mais qui contraignit du moins la reine Mathilde à se contenter des cités de Lille, de Cassel, de Furnes, de Bergues et de Bourbourg, qui formaient primitivement son douaire.