La reine Mathilde, dont le douaire comprenait les territoires de Furnes et de Bourbourg, y avait rendu son autorité accablante. Elle avait voulu, à l'exemple de Richilde, y rétablir ces impôts ignominieux qui, à tant de reprises, avaient soulevé des commotions violentes. La même résistance se reproduisit. «La reine Mathilde ne put réussir, dit Lambert d'Ardres, à dompter les Blauvoets, et elle se vit réduite à réunir tous les chevaliers et tous les hommes d'armes de ses domaines, et même à recruter des mercenaires étrangers, afin d'exterminer les populations de Furnes et de Bourbourg. Après avoir traversé Poperinghe, elle s'arrêta, vers les fêtes de la Saint-Jean, au village d'Alveringhem qu'elle dévasta, tandis que le châtelain de Bourbourg, Arnould de Guines, accourait sur les frontières de ses domaines pour les défendre contre toute attaque. La reine Mathilde, égarée par sa fureur, ne tarda point à s'avancer témérairement au milieu des habitants du pays de Furnes.»
Cependant Herbert de Wulfringhem s'était réuni à Walter d'Hontschoote, à Gérard Sporkin et à d'autres chefs des Blauvoets, et ils forcèrent la reine et ses nombreux hommes d'armes à fuir devant eux. Ils mutilaient et étranglaient ceux qui tombaient en leur pouvoir, les abandonnaient à demi morts dans les fossés et dans les sillons, ou les chargeaient de chaînes.
Cinq années plus tard, les chefs des Blauvoets, encouragés par leurs premiers succès, osèrent mettre le siége devant la ville de Bergues; mais les hommes d'armes de Mathilde, que commandait Chrétien de Praet, les mirent en déroute et la plupart des assaillants périrent dans ce combat. Les Blauvoets se montraient toutefois si redoutables, même dans leur défaite, qu'ils obtinrent une paix honorable.
Dès ce moment, les Flamings cessèrent de plus en plus de former une faction constamment menacée par la servitude; mais en se confondant dans la nationalité flamande, ils en restèrent la portion la plus tumultueuse et la plus intrépide. Pendant longtemps encore, ils répandront le sang dans leurs discordes intestines, et si jamais une nouvelle oppression les menaçait, Nicolas Zannequin se souviendra d'Herbert de Wulfringhem.
LIVRE HUITIÈME
1205-1278.
Jeanne et Marguerite de Constantinople.
Luttes contre Philippe-Auguste.
Influence pacifique du règne de Louis IX.
Pendant la mémorable expédition de Baudouin, les relations commerciales et politiques de la Flandre et de l'Angleterre n'avaient point été ébranlées. Le 27 mai 1202, Jean sans Terre, prêt à combattre Philippe-Auguste, réunissait à Gournay les hommes d'armes de Flandre et de Hainaut, car ils étaient, dit un poëte,
«Courageux et sans lascheté.»