Par un second traité, daté du 25 septembre 1256, Charles d'Anjou déclara remettre à sa cousine, la comtesse de Flandre, la donation qu'elle lui avait faite, renonçant pour lui et ses héritiers à toute prétention au comté de Hainaut.

Par un troisième traité, Jean et Baudouin d'Avesnes abdiquèrent tous les droits qu'ils tenaient de la confiscation des domaines de Baudouin de Courtenay par le roi des Romains, et, de même que le comte d'Anjou avait renoncé à la donation du Hainaut, ils révoquèrent le transport qu'en vertu de cette confiscation ils avaient fait précédemment à Henri de Luxembourg de leurs prétentions sur le comté de Namur.

Quinze jours plus tard, d'autres conférences s'ouvrirent à Bruxelles par la médiation du duc de Brabant, mais sous l'influence de la mission conciliatrice de Louis IX. Là fut conclu, le 13 octobre, un traité que cimenta le mariage de Florent de Hollande et de Béatrice, fille aînée de Gui de Dampierre. Béatrice reçut pour dot les îles de la Zélande, situées entre Hedinzee et l'Escaut; mais il était expressément entendu qu'elles resteraient toujours un fief dépendant de la Flandre, et le 21 octobre, Florent de Hollande en fit hommage entre les mains de Marguerite. Gui et Jean de Dampierre, les comtes de Bar et de Guines, et les autres nobles faits prisonniers à la bataille de West-Capelle, furent immédiatement rendus à la liberté.

La comtesse de Flandre s'efforçait, en abolissant les impôts onéreux qui pesaient sur les bourgeois et le peuple, d'alléger le souvenir de leurs malheurs. Elle avait naguère affranchi tous les serfs de ses domaines, afin qu'ils ne fussent plus soumis aux redevances et aux travaux qui accablaient leurs familles. La Flandre put enfin jouir d'un repos complet; mais ses princes et ses chevaliers, qui n'avaient vécu qu'au milieu des combats, ne cessèrent point d'aller chercher dans d'autres pays la guerre qui, désormais, respectait leurs propres frontières.

Le comte de Luxembourg, contestant à Jean d'Avesnes le droit de révoquer une donation confirmée par l'empereur, avait chassé de Namur l'impératrice Marie de Brienne, femme de Baudouin de Courtenay. Gui de Dampierre prit sa défense, espérant qu'en récompense de ses services elle lui abandonnerait tous ses droits. Des négociations eurent lieu: elles se terminèrent par le mariage de Gui de Dampierre avec Isabeau de Luxembourg, dont le comté de Namur forma la dot.

Robert, l'aîné des fils de Gui, issu de son premier mariage avec Mathilde de Béthune, avait environ dix-huit ans: il venait d'épouser l'une des filles de ce comte d'Anjou, dont nous avons raconté la déplorable alliance avec Marguerite. Dès ce moment, il s'associa à sa fortune, c'est-à-dire aux projets les plus ambitieux et aux plus aventureuses entreprises.

Un fils illégitime de Frédéric II avait usurpé le trône de Sicile: en même temps qu'il se déclarait le chef des Gibelins, il recrutait parmi les Sarrasins les armées qui maintenaient sa puissance. Ce fut dans ces circonstances que le pape Urbain IV prêcha une croisade contre Manfred: réfugié à Viterbe, il se souvenait qu'il était né Français en offrant à l'un des princes de la maison de France la gloire de vaincre Manfred et de recueillir son héritage. Charles d'Anjou accepta avec joie la couronne que le pape lui présentait. Il se hâta de s'embarquer au port de Marseille avec mille chevaliers, et le 24 mai 1265 il entrait à Rome.

La grande armée des guerriers d'Occident, qui portaient les croix blanches et vermeilles, n'avait point encore paru en Italie. Leur maréchal était Robert de Flandre, qui, trop jeune pour diriger leur expédition, écoutait les conseils du connétable de France, Gilles de Trazegnies. Vers le mois de juin 1265, ils traversèrent la Bourgogne et la Savoie, puis ils pénétrèrent, par les gorges du Mont-Saint-Bernard et du Mont-Cenis, au milieu des Alpes, dont leurs trompettes firent retentir les vallées. Dès qu'ils descendirent dans la Lombardie, ils se virent accueillis avec honneur par les amis du marquis de Montferrat. Vers le mois de novembre, ils s'étaient emparés de Verceil et avaient franchi les gués de l'Adda, lorsque le plus redoutable des alliés de Manfred dans le nord de l'Italie, le marquis Pelavicini, quitta Brescia pour s'avancer contre eux; mais les forces dont il disposait étaient trop faibles, et loin d'arrêter l'invasion des croisés, il ne fit qu'irriter leur colère.

Robert de Flandre avait passé l'Oglio au pont de Calepi, que lui livra la trahison de Buoso de Doara: ses hommes d'armes pillèrent tous les domaines du marquis Pelavicini; ils brûlèrent ses châteaux et ses villes, emmenant à leur suite les populations captives et les accablant de tous les outrages dont le droit de la victoire autorise l'impunité. Ces dévastations durèrent neuf jours. Les habitants de Brescia s'abandonnaient au désespoir. Les uns avaient fui dans les bois; les autres avaient ouvert les sépulcres des morts pour y cacher leurs enfants sous la protection des froides reliques de leurs aïeux.

Cependant les croisés poursuivaient leur marche vers Mantoue, où ils attendaient les Guelfes de Florence: ils envahirent le territoire de Ferrare, puis se dirigèrent vers Bologne et de là vers Rome, où ils arrivèrent dans les derniers jours de décembre.