Huit jours seulement s'étaient écoulés, lorsque Philippe le Bel, qui était allé chasser sur les bords de l'Oise pour se consoler de son humiliation, fut ramené blessé au château de Poissy: selon les uns, il s'était froissé la jambe en traversant le pont Saint-Maxence; selon d'autres, il avait été renversé par un sanglier, «d'un coup de couenne,» dit Dante. Dès qu'il sentit que sa vie touchait à son terme, il se fit transporter à Fontainebleau où il était né; là, on le déposa dans une salle basse et sombre comme celle qu'habita Louis XI au Plessis-lez-Tours. Ses fils s'étaient rendus près de lui. Ils lui demandèrent, raconte Godefroi de Paris, comment il se portait. «Mal de corps et d'âme,» répondit avec effroi le beau roi de France, frappé à la force de l'âge: «Je sens que je vais mourir, et peut-être dès cette nuit. Dieu ne me pardonnera jamais; j'ai fait peser trop de maltôtes et de tailles sur mes peuples: leurs malédictions me condamnent.» Le 29 novembre, Philippe le Bel rendit le dernier soupir.
La paix était rétablie entre la Flandre et la France. Les communes d'Arras et d'Amiens qui avaient partagé sous Philippe le Bel l'oppression des communes flamandes, se relevaient et reconstituaient leur ancienne organisation municipale. N'oublions point que la maison des sires de Fiennes qui dirigent la confédération d'Artois est alliée à la dynastie de Gui de Dampierre et dévouée à la cause flamande; Isabelle de Flandre, un instant fiancée au roi d'Angleterre, avait épousé, par amour, assure-t-on, Jean de Fiennes, châtelain de Bourbourg. La confédération des communes d'Artois et de Flandre contre le système de Philippe le Bel est un fait historique dont on ne peut méconnaître l'importance. «Le comte de Flandres, dit une ancienne chronique, soustint les aliés en ce qui fut de son pouvoir.»
La France allait redevenir le royaume des Francs. Louis X, successeur de Philippe le Bel, avait fait annoncer publiquement que toutes les choses seraient rétablies comme au temps «de monseigneur saint Loys.» Vers les premiers jours d'avril les griefs populaires furent réparés, et voici en quels termes cette mémorable ordonnance fut proclamée dans les provinces du nord de la France, plus voisines des communes flamandes et plus profondément attachées aussi à toutes les traditions de la liberté.
Il ne pourra plus être procédé contre les nobles par enquête. On ne pourra saisir leurs châteaux que s'ils s'opposent à l'emploi régulier des moyens légaux.
Les nobles conserveront vis-à-vis de leurs vassaux l'autorité que le roi lui-même possède à l'égard des siens dans ses domaines, mais ils seront tenus de le servir dans les guerres qui importeront aux intérêts de toute la nation.
Toutes les monnaies devront être du même aloi que sous le règne de Louis IX, et l'on supprimera toutes les subventions illégales destinées à soutenir la guerre contre la Flandre.
Le roi respectera la justice ecclésiastique, la juridiction des nobles et leur droit de n'être jugés que par leurs pairs, ainsi que la juridiction des bourgeois dans les communes et dans les châtellenies.
Telles étaient les garanties de la nation: passons aux prérogatives de la royauté.
Le roi conserve l'exercice de son autorité supérieure et répressive déléguée à ses baillis et à ses prévôts; mais s'ils se rendent coupables de quelque abus, il les punira sévèrement.
Des commissaires désignés par le roi parcourront toutes les provinces, examineront leur situation et leurs besoins, surveilleront tous les officiers royaux, écouteront toutes les plaintes: ce sont les missi dominici des institutions de Karl le Grand transformées et appropriées aux besoins d'une civilisation plus avancée par le pieux génie de Louis IX.