Cependant les troubles qui agitaient la France empêchèrent l'exécution de ce traité. Après la mort de Louis X, Robert d'Artois avait réuni dix-huit cents chevaliers pour réclamer les domaines de son aïeul. A Amiens, il fut accueilli avec le même empressement par la commune et par Ferri de Pecquigny, issu de la maison des vidames de cette antique cité. Doulens, Hesdin, Avesnes, lui ouvrirent leurs portes. La commune d'Arras chassa Gauthier de Châtillon pour s'associer à ce mouvement. Partout où passait Robert d'Artois, il promettait de maintenir les libertés et les priviléges des bourgeois.
Le comte de Poitiers avait rassemblé une armée; il réussit à persuader à Robert d'Artois de se rendre à Paris pour s'y soumettre au jugement des pairs; mais il n'avait obtenu ce résultat qu'après avoir conclu, le 17 juillet, un traité par lequel il fiançait l'aînée des filles de Louis X au duc de Bourgogne, et déclarait que si l'enfant dont la reine était grosse était aussi une fille, ces deux princesses se partageraient la Navarre, la Champagne et la Brie, et donneraient quittance du reste du royaume de France. Cette éventualité ne se réalisa point. Clémence de Hongrie devint mère d'un fils qui ne vécut que peu de jours, et de nouvelles dissensions éclatèrent. Philippe de Poitiers, sacré roi à Reims, rencontra des ennemis jusque dans ses frères, et le duc de Bourgogne n'hésita plus à réclamer, au nom de sa fiancée, non la Champagne ou la Brie, mais le trône même de France.
La Flandre intervint de nouveau dans la lutte. Tandis que Jean de Fiennes se plaçait à la tête des alliés d'Artois, Louis de Nevers, retiré dans ses domaines de Réthel, y fortifiait ses villes et ses châteaux pour soutenir le parti du duc de Bourgogne. Il s'était associé dans ce but à Gui de Chaumont, à Jean de Varennes et à d'autres chevaliers champenois, afin qu'une même ligue ralliât tous les mécontents depuis la Saône jusqu'à la mer.
Dans ces circonstances, le pape Jean XXII interposa sa médiation pacifique. L'archevêque de Bourges et Bérenger de Landora, maître de l'ordre des Frères prêcheurs, désignés comme légats pontificaux, montrèrent tant de zèle dans l'accomplissement de la tâche qui leur avait été confiée, que le duc de Bourgogne renonça à la main de la fille de Louis X pour épouser la fille de Philippe le Long, héritière présomptive de la couronne aux mêmes titres. Robert de Béthune est compris dans ces négociations aussi bien que Louis de Nevers, qui rend hommage de ses domaines au nouveau roi le 13 septembre 1317.
Dès l'année précédente, le pape avait adressé au comte de Flandre des lettres par lesquelles il l'exhortait vivement à ne pas retarder par ses querelles particulières l'époque où tous les princes chrétiens prendraient les armes pour délivrer la terre sainte; il avait en même temps cru devoir représenter au roi de France combien il était important de traiter avec la Flandre. «Vous n'ignorez point, mon fils, lui mandait-il, et ceci est connu de l'univers presque entier, depuis combien d'années la guerre de Flandre trouble le royaume de France, combien de morts d'hommes en ont résulté, au péril des âmes, et quelles sont les dépenses auxquelles elles ont donné lieu, de telle sorte que la France a éprouvé qu'il n'y a point d'ennemis plus terribles que ceux qu'une nation porte dans son propre sein.»
La réconciliation du roi et de la Flandre paraissait si nécessaire à la paix de l'Europe, que les rois d'Angleterre, de Castille, d'Aragon, de Portugal, chargèrent leurs ambassadeurs de la seconder. Enfin, après de longues discussions, l'archevêque de Bourges et le maître de l'ordre des Frères prêcheurs obtinrent, le 4 novembre, que l'on recourrait à l'arbitrage du pape, avec cette réserve que les communes flamandes et le roi ne devraient s'y conformer «qu'en ce qui serait de leur pure et franche volonté.»
Robert de Cassel se rendit lui-même à Avignon avec les députés des villes de Flandre. Ils ne réclamaient point l'annulation des traités conclus avant l'avénement de Philippe le Long; mais ils exposaient dans un langage énergique que, puisqu'on exigeait de la Flandre des gages si importants de son respect pour les traités, il était juste que le roi donnât également des garanties pour l'observation de la paix. Ils formulèrent à ce sujet trois demandes: la première portait que les pairs, les conseillers, les barons et les évêques de France jureraient d'aider des Flamands contre le roi s'il manquait à son serment; la seconde attribuait à la cour des pairs le droit de connaître de toutes les violations des traités; par la troisième, ils exprimaient le vœu qu'en ce cas le roi fût soumis au jugement de l'Eglise et frappé d'interdit. Ils ajoutaient que si le roi consentait à leur restituer les châtellenies de Lille, de Douay et de Béthune, des garanties moins complètes leur paraîtraient suffisantes.
La décision du pape Jean XXII, publiée le 8 mars 1317 (v. st.), fut impartiale: «Nous sommes d'avis, et c'est à titre d'avis que nous avons prononcé à cet égard, écrivait-il au roi de France, que vous fassiez jurer, par une personne que vous choisirez, que vous observerez inviolablement les traités, en obligeant, pour l'observation de ce serment, tous vos biens présents et futurs; tous vos successeurs prêteront le même serment le lendemain du jour où les comtes de Flandre, étant reçus à la foi et à hommage, auront pris le même engagement. Vous vous efforcerez aussi, autant que cela dépend de vous, de persuader à votre frère, à vos oncles et à vos cousins les comtes de Valois, de Bourbon et de Saint-Pol, ainsi qu'aux pairs de France, de se lier par les mêmes promesses, de telle sorte que si vous faisiez quelque chose contre ces traités, ils ne soient pas tenus de vous aider et de vous assister; mais ils seront complètement dégagés de toutes ces promesses, si ce sont les Flamands qui violent la paix.»
Les députés des communes flamandes se contentèrent de répondre qu'ils n'avaient point le pouvoir d'adhérer à cette décision arbitrale, mais qu'ils se hâteraient d'aller la communiquer aux bonnes villes dont ils étaient les mandataires. Le pape, qui avait déjà fait part de sa décision à plusieurs rois de l'Europe, parut toutefois étonné qu'ils n'eussent point approuvé avec empressement une transaction qui leur était si avantageuse; et dans une bulle du 20 mars, il menaça les villes de Flandre d'une sentence générale d'interdit si elles continuaient à empêcher le rétablissement de la paix. Dans d'autres lettres, le pape, rappelant les progrès des infidèles en Asie, exhortait le comte, dans les termes les plus pressants, à ne pas laisser à sa postérité un héritage de haines et de discordes.
Le 9 avril, le roi de France fit citer Robert de Béthune par Thomas de Morfontaine et Philippe de Précy, afin qu'il se rendît à Paris, dans le délai de quatre semaines après les fêtes de Pâques, pour jurer le traité du 1er septembre 1316. Aussitôt après une sentence d'interdit fut lancée contre la Flandre, et maître Réginald, chapelain de Philippe le Bel et de Philippe le Long, prêcha publiquement à Paris qu'il était aussi licite et aussi méritoire de porter les armes contre les Flamands que contre les Sarrasins.