Des espions français avaient annoncé à Edouard III qu'on lui livrerait bataille le 23 octobre. Les deux armées se trouvaient en présence dans une vaste plaine entre les villages de Buironfosse et de la Flamengerie. Edouard III avait terminé tous ses préparatifs pendant la nuit. Ses bagages et ses chariots avaient été placés un peu en arrière, afin de former autour de ses troupes une enceinte fortifiée. Son armée était divisée en trois corps. L'un était composé d'Allemands et comptait environ huit mille hommes et vingt-deux bannières; l'autre, plus considérable, comprenait six mille hommes d'armes et six mille archers venus d'Angleterre; mais le plus important était celui que conduisait le duc de Brabant: on y voyait flotter vingt-quatre bannières et quatre-vingts pennons. Là paraissaient Henri de Flandre, qui, fidèle aux souvenirs de Philippe de Thiette et de Jean de Namur, combattait sous la bannière des communes flamandes et avait été le premier chevalier qu'Edouard III eût armé en France, et à côté de lui plusieurs nobles qui avaient quitté le parti de Louis de Nevers, messire Hector Vilain, l'un de ses plus illustres défenseurs à une autre époque, Jean de Rodes, Wulfart de Ghistelles, Guillaume de Straten, Goswin Van der Muelene, les sires de la Gruuthuse et d'Halewyn.
L'armée anglaise était toutefois bien loin d'égaler en nombre celle de Philippe de Valois. On remarquait dans le camp français deux cent vingt-sept bannières, cinq cent soixante pennons, quatre rois, six ducs, trente-six comtes, quatre mille chevaliers et soixante mille hommes de milices communales; mais rien n'effrayait plus Philippe de Valois que le nombre même de ses défenseurs. Le roi Robert de Naples, que l'on citait comme un célèbre astrologue, lui avait écrit d'éviter à tout prix le combat, et l'on craignait que les bourgeois des communes opprimées par Philippe de Valois ne saisissent avec empressement l'occasion de le trahir et de l'abandonner.
Toute la journée du 23 octobre s'écoula sans combat: le lendemain, l'armée anglaise prit de nouveau les armes; mais elle ne tarda point à apprendre que Philippe de Valois s'était retiré à Saint-Quentin, et Edouard III, jugeant la saison trop avancée pour continuer son expédition, retourna en Brabant, où il licencia son armée.
Les milices des communes flamandes étaient assemblées entre Menin et Deynze, prêtes à reconquérir les châtellenies de Lille, de Douay et de Béthune, si Philippe de Valois repoussait leurs réclamations. De Douay à la plaine de la Flamengerie, la distance était courte, et elles pouvaient fixer la fortune du combat. Elles n'attendaient plus qu'un ordre des échevins pour se porter en avant, quand Louis de Nevers arriva à Courtray et invita les députés des communes de Flandre à se trouver près de lui le 21 octobre, afin qu'il leur annonçât l'adhésion du roi de France à toutes leurs réclamations. Les députés de Gand et ceux de Bruges, parmi lesquels figurent Jacques d'Artevelde et Jean Breydel, s'empressent de se rendre à Courtray; mais ils n'y obtiennent que des engagements douteux et des promesses évasives. Quelques jours se passent en conférences; enfin le comte cesse de dissimuler, et s'éloigne aussitôt qu'il a appris que le roi d'Angleterre est rentré dans le Hainaut. Dès ce jour, les garnisons françaises des villes les plus voisines de la Flandre, celles que commandaient Godemar du Fay à Tournay, les sires de Mirepoix et de Beaujeu à Cambray et à Mortagne, dirigèrent vers ses frontières de fréquentes excursions, dans lesquelles elles pillaient et saccageaient les habitations des laboureurs comme en terre ennemie.
Jacques d'Artevelde avait vu déchirer les traités de neutralité qu'il avait fait conclure. La convention du 10 juin 1338 portait que si le roi d'Angleterre manquait à ses engagements, les communes flamandes aideraient le roi de France. Il semblait qu'un devoir réciproque existât vis-à-vis du roi d'Angleterre, puisque le roi de France troublait la paix. D'autre part, Philippe de Valois s'était toujours montré hostile à la Flandre depuis sa victoire de Cassel, tandis qu'Edouard III était aussi favorable au maintien de leurs franchises qu'au développement de leur industrie. Telles furent sans doute les raisons puissantes qui engagèrent Jacques d'Artevelde à se rendre à Bruxelles, avec les députés des communes, pour reconnaître Edouard III comme successeur de saint Louis, s'il consentait à se montrer digne d'un aïeul si vénéré et d'un si glorieux héritage. Edouard III répondit, assure Froissart, que c'était chose grave de prendre le titre de roi de France, lorsqu'il n'avait point enlevé une seule ville à Philippe de Valois. Cependant il se rendit à Gand dans les premiers jours de novembre, et, dès ce moment, cédant aux conseils de Jacques d'Artevelde, il ajourna son retour en Angleterre.
Edouard III n'avait point tardé à revenir à Anvers, où il présida, le 12 novembre, une assemblée à laquelle assistèrent ses principaux alliés. Nous en connaissons le résultat par des lettres portant la date du lendemain; Edouard III y autorise Guillaume de Montaigu, Henri Ferrers, Geoffroi Scrop et Maurice de Berkley, à poursuivre les négociations relatives aux fiançailles de sa fille Isabelle et de Louis de Male, et, de plus, «à traiter avec le comte et les communes de Flandre, conjointement et séparément, d'une alliance perpétuelle, à confirmer, en son nom, les libertés, les franchises et les priviléges dont ils jouirent sous le règne des rois de France, ses aïeux, et même à leur accorder de nouvelles libertés.» Les ambassadeurs anglais avaient également reçu le pouvoir «de restituer au comté de Flandre les châteaux, villes et terres qui en avaient dépendu autrefois, et d'annuler toutes les sentences qui avaient été prononcées par le siége apostolique, à la requête des rois de France.»
Au moment où ces négociations allaient se terminer, le duc de Brabant demanda à accompagner les ambassadeurs pour interposer sa médiation auprès du comte de Flandre: Edouard III lui avait même permis d'offrir une indemnité pécuniaire pour tous les dégâts causés par les Anglais dans l'île de Cadzand; mais Louis de Nevers persistait à se montrer fidèle à Philippe de Valois, et s'il ne put rien pour s'opposer au traité des communes avec le roi d'Angleterre, il y resta du moins complètement étranger.
Edouard III venait d'accorder à ses ambassadeurs de nouveaux pouvoirs pour recevoir sinon l'hommage des villes de Flandre, du moins leur déclaration en faveur de la légitimité de ses droits (de recognitione nostræ superioritatis, in dicto regno Franciæ, per cos nobis, ut regi Franciæ, facienda). Il crut devoir se rendre lui-même à Gand, et ce fut là que le 23 janvier 1339 (v. st.), abjurant toute hésitation, «il enchargea les armes de France et les équartela d'Angleterre, et en prit en avant le nom de roi de France.»—«Ceci eut lieu, ajoute l'historien anglais Knyghton, par le conseil de Jacques d'Artevelde.»
Dès le 26 janvier, le roi d'Angleterre avait ordonné que l'on mît en liberté tous les prisonniers flamands qui avaient été conduits dans ses Etats après le combat de Cadzand, notamment Gui de Flandre, frère de Louis de Nevers. Deux jours après, il chargea le comte de Gueldre de jurer en son nom, sur le salut de son âme, et la main sur les saints Evangiles, les conventions qui avaient été approuvées par ses ambassadeurs. Plaçant désormais sa royauté sous l'égide des communes flamandes, il reconnut leur zèle et l'appui qu'elles lui offraient par trois traités également importants.
Le premier porte que le roi d'Angleterre protégera les navires des marchands flamands; que leurs draps pourront librement circuler en Angleterre; que les conventions commerciales faites en Flandre sous le scel des bonnes villes seront obligatoires en Angleterre contre les marchands anglais, et que l'étape des laines sera perpétuellement établie en Flandre ou en Brabant. Edouard III promet de plus de faire part aux communes flamandes de toutes les négociations qui auraient lieu et de ne conclure aucun traité avec Philippe de Valois, si ce n'est d'un commun accord et en y comprenant le comte de Flandre, s'il adhère aux résolutions prises par les bonnes villes. Il s'engage de plus à secourir et à aider les communes flamandes dans le cas où leurs lois et leurs franchises se trouveraient exposées à quelque péril, et s'il meurt avant que la guerre soit achevée, son successeur se rendra en Flandre, «avec ses sujets, alliés, aidans et amis,» pour la poursuivre comme il convient «à tiel prinche.»