Une autre charte de la même date appliquait les bienfaits de ces réformes aux besoins spéciaux et aux réclamations des communes de Flandre, plus pressantes que toutes les autres. Les députés des Quatre-Membres de Flandre avaient exposé, en protestant de leur zèle pour défendre l'héritage de Marie de Bourgogne, qu'il était urgent de rétablir les bonnes villes dans l'intégrité de leurs franchises, de leurs coutumes et de leurs usages, afin qu'elles restassent «en bon état, en police et en droit, puisqu'il était assez connu, ajoutaient-ils, que la Flandre n'est pas très-fertile, et que sa prospérité repose uniquement sur son commerce et sur son industrie, sur ses libertés et sur ses priviléges.» C'est à ce titre qu'ils obtiennent une nouvelle charte qui se réfère également aux anciens priviléges des bonnes villes. Nous y remarquons, outre quelques-unes des dispositions que nous avons déjà citées, celles qui établissent que toutes les affaires seront traitées en flamand, que l'unanimité du vote des membres de Flandre sera nécessaire pour la perception des impôts, que les monnaies devront être de bon aloi, que la chambre des comptes sera rétablie en Flandre, que les marchands étrangers circuleront librement dans le pays, et qu'il pourra leur être permis d'y résider, lors même qu'ils appartiendraient à une nation ennemie.
D'autres chartes supprimaient les impôts créés par Charles le Hardi, rendaient aux tisserands et aux membres des petits métiers le droit d'élire leurs doyens et rétablissaient toutes les coutumes abolies en 1453.
Enfin, le 15 février, on annula dans la salle de la Collace l'acte par lequel Philippe avait imposé aux Gantois la paix de Gavre et celui par lequel ils avaient accepté des mains de Charles le Hardi le calfvel de 1468.
Ce fut au milieu de l'enthousiasme qui saluait dans ces diverses mesures la résurrection de la puissance des communes flamandes que Marie de Bourgogne fit son entrée solennelle à Gand, le 16 février 1476 (v. st.). Un grand nombre de membres de métiers l'accompagnèrent jusqu'à l'église de Saint-Jean, où la formule du serment qu'elle devait prêter comme comtesse de Flandre lui fut présentée: «Vous jurez d'être bonne dame et comtesse de Flandre, de maintenir et de faire maintenir les droits de l'Eglise et de conserver les priviléges, libertés, coutumes, usages et droits du pays, tels que feu le duc Philippe, votre aïeul, les a jurés et que les bourgeois de Gand en ont joui conformément à la paix de Tournay jusqu'à l'année 1450, ainsi que les priviléges que vous avez vous-même octroyés; vous jurez aussi de révoquer et d'annuler toutes les charges imposées aux bourgeois de Gand depuis l'année 1450, de protéger les veuves et les orphelins, et de faire tout ce qu'une bonne comtesse de Flandre est tenue de faire; ainsi Dieu et tous ses saints vous soient en aide!»—«Je le jure,» répondit la fille de Charles le Hardi; et la cloche de Saint-Jean, que sa main ébranla à peine en s'appuyant sur une longue guirlande de roses qui descendait de la nef, fit entendre à cinq reprises, un faible et douteux tintement, ce qui parut au peuple assemblé autour d'elle le signe certain que son règne ne se prolongerait pas plus de cinq années.
L'inauguration de la comtesse de Flandre ne précéda que de deux jours la réinstallation des échevins de Gand élus conformément au privilége de 1301, qui avait été confisqué par son père. Il faut citer, parmi les bourgeois que désigna l'élection municipale, Adrien de Raveschoot, Guillaume Rym, Roland de Baenst, Philippe Vander Zickele, Jean Vander Gracht, Simon Borluut, Simon Damman, Liévin Zoetamys, Liévin Uutermeere. A côté de ces noms illustres figurent ceux de Liévin Potter et de Thierri de Schoonbrouck. Gand croyait ne pouvoir mieux assurer sa liberté qu'en confiant le soin de la protéger à ceux qui avaient déjà versé leur sang pour la défendre.
Tandis que les Gantois s'élevaient contre le traité de Gavre de 1453, les doyens des métiers se réunissaient à Bruges pour protester avec la même énergie contre le traité d'Arras de 1437. Louis de la Gruuthuse, qui venait d'y être proclamé hooftman avec Anselme Adorne et Jean Breydel, se rendit immédiatement à Gand et obtint de Marie la révocation de la sentence qui avait condamné les anciennes rébellions des Brugeois; grâce à ses paroles conciliantes, les métiers qui occupaient les places publiques consentirent à déposer les armes, et, le 7 mars, il parut au balcon de l'hôtel de ville, où il fit lire, en français et en flamand, la charte de la duchesse de Bourgogne. Aussitôt après, la sentence du duc Philippe fut lacérée en présence des doyens des métiers comme l'avait été à une autre époque le calfvel de Jean sans Peur, et l'on annonça que les jours suivants on lirait publiquement les priviléges de la ville du haut des Halles. De bruyantes acclamations saluaient ces vieux parchemins conquis à Courtray, qui étaient en même temps pour les communes les titres de leur liberté et de leur gloire; elles redoublèrent lorsqu'on donna lecture d'un nouveau privilége octroyé le 13 mars par Marie de Bourgogne, qui rappelait ceux de Philippe de Thiette.
Marie y déclare que les échevins et les doyens de Bruges lui ont remontré que leur ville repose principalement sur son commerce et ses métiers, et que depuis longtemps elle est renommée dans tous les royaumes étrangers comme l'étape de toutes les marchandises portées en Flandre, et elle consent, sur leur demande, à confirmer toutes les anciennes franchises de la cité et à lui en accorder de nouvelles.
Les officiers des princes ne pourront plus siéger parmi les magistrats. La commune choisira elle-même six receveurs qui tous les quatre mois rendront compte de leur gestion. Le prince seul sera désormais exempt des droits d'accises.
Les Brugeois ne seront soumis à aucun tonlieu dans toute l'étendue de la Flandre.
Le Franc cessera de former un membre séparé pour redevenir une châtellenie placée sous l'autorité de Bruges.