Au moment où la défaite de Béthune couronnait la malheureuse tentative de Maximilien contre la France, on recevait en Flandre la nouvelle des désastres qui avaient terminé en Angleterre une autre expédition à laquelle le roi des Romains n'était point étranger.

L'Angleterre avait appris avec une extrême jalousie la conclusion du traité d'Arras, et l'on racontait même qu'Edouard IV était mort de douleur en voyant le Dauphin renoncer à sa fille pour épouser mademoiselle Marguerite de Flandre; mais les affreuses discordes du règne de Richard III ne s'effacèrent que pour élever sur une trône ensanglanté Henri de Richemont, qui devait tout à l'appui du roi de France.

Cependant la duchesse Marguerite de Bourgogne ne pouvait se consoler de la chute de la dynastie d'York; et elle se proposait de servir à la fois les intérêts de Maximilien et ceux de sa propre maison, en renversant la dynastie de Lancastre élevée par l'appui de Charles VIII. Une expédition considérable avait été réunie pour envahir l'Angleterre: elle devait comprendre deux mille hommes d'armes allemands, flamands et hennuyers, sous le commandement de Martin Dezwarte. Le comte de Lincoln et lord Lovel s'étaient rendus en Flandre pour arrêter avec la duchesse douairière de Bourgogne le plan de cet armement; et il avait été décidé que l'on profiterait d'une rumeur populaire relative à l'évasion de l'unique fils du duc de Clarence pour présenter d'abord aux Irlandais, puis aux Anglais, un imposteur qui n'emprunterait son nom que pour remettre la couronne, après la victoire, au comte de Lincoln, neveu par sa mère du roi Edouard IV et de la duchesse de Bourgogne, et déjà désigné par Richard III comme l'héritier présomptif du trône d'Angleterre. Le boulanger Lambert Simnel, proclamé roi à Dublin par une multitude égarée qui croyait retrouver dans ses traits ceux de l'infortuné duc de Clarence, aborda à Foudrey avec les hommes d'armes venus de Flandre, occupa le comté d'York, et rencontra les troupes de Henri VII à Stoke, aux bords de la Trent, où Martin Dezwarte périt avec le comte de Lincoln, après avoir vaillamment lutté pendant trois heures contre des forces de beaucoup supérieures aux siennes. Des armements non moins considérables avaient eu lieu en Angleterre pour repousser toute agression que Marguerite eût pu diriger vers les côtes de Kent ou de Suffolk; et il ne resta aux Allemands, réunis sur les rivages de la Flandre, qu'à s'embarquer pour la Bretagne, afin de prendre part à d'autres combats.

Maximilien, qui avait épuisé son trésor pour faire triompher Simnel, s'était retiré en Brabant. Non content d'altérer les monnaies, il écrivit aux états de Flandre pour réclamer des subsides, afin de faire face aux frais de la guerre; mais les états de Flandre, réunis à Termonde, et délibérant sans la participation des députés du Franc qu'ils refusaient de considérer comme quatrième membre, déclarèrent qu'ils désapprouvaient la guerre contre la France et désiraient maintenir le traité d'Arras de 1482. Les députés de Gand avaient même annoncé qu'ils voulaient que le soin de remettre le produit des subsides aux hommes d'armes fût désormais confié aux états, afin que Maximilien n'en fît point usage contre les intérêts mêmes de la Flandre. Ces représentations irritèrent de plus en plus le roi des Romains. Il répondit que si les états ne lui accordaient pas un nouvel impôt, il le ferait lever par ses commissaires; mais ses menaces n'émurent personne: la Flandre ne croyait plus rien avoir à redouter des hommes d'armes allemands depuis la défaite du comte de Nassau. Jean de Coppenolle se hâta de revenir à Gand. Adrien Vilain, qui avait été arrêté par les archers allemands à Lille, où il résidait de l'aveu de Maximilien, et qui se trouvait depuis lors prisonnier à Vilvorde, fut délivré par le sire de Liedekerke et rejoignit bientôt après Jean de Coppenolle, en protestant que, si l'on avait quelque chose à lui reprocher, il était prêt à répondre à toutes les accusations. Les magistrats, indécis sur ce qu'il y avait lieu de faire, envoyèrent au roi des Romains une députation composée de l'abbé de Saint-Pierre, de Josse de Ghistelles, de Paul de Baenst et d'Adrien de Raveschoot. Maximilien, bien moins puissant en ce moment qu'il ne voulait le paraître, confia le soin d'évoquer cette affaire au grand bâtard de Bourgogne et aux sires de Clèves et de Beveren; ils invitèrent les sires de Rasseghem et de Liedekerke à comparaître à Termonde, et trois gentilhommes vinrent à Gand se remettre comme otages, afin de répondre de la sûreté des accusés. Mais les doyens des métiers décidèrent unanimement que les sires de Rasseghem et de Liedekerke ne devaient pas se rendre à Termonde, puisqu'ils n'étaient justiciables que des magistrats de Gand, et ils saisirent cette occasion pour énumérer les griefs de la commune contre le roi des Romains.

«Nous voulons, disaient-ils dans leur déclaration, le maintien du traité conclu à Arras, le 23 décembre 1482, et nous ne consentirons point à la continuation de la guerre contre la France, source constante d'impôts toujours détournés de leur but.

«Nous voulons aussi le maintien du traité de Tournay du 13 décembre 1385, et il faut que les magistrats des villes conservent le droit de sonner les cloches, afin de chasser et de mettre à mort, s'il y a lieu, les ennemis du pays.

«Nous réclamons les priviléges que Maximilien nous a enlevés.

«Nous voulons soumettre à un sérieux examen les dépenses faites par la ville de Gand depuis la mort de Guillaume Rym.

«Nous voulons que l'on démolisse le pont qui se trouve à côté de l'hôtel de Ten Walle.»

C'était par ce pont que le comte de Nassau avait songé à s'avancer avec ses Allemands, lorsqu'il conseillait de détruire Gand en 1485.