A peine du Casse était-il en mer que le vent changea et qu’il dut, dans l’impossibilité de continuer sa route, faire relâche le même jour aux îles d’Hyères.
Il fut forcé d’y rester trois jours. Enfin le 16 mars, le vent ayant tourné, il put se remettre en marche. Vauvré, dans la crainte d’un second contre-temps, ne se hasarda que le surlendemain, 28 mars, à écrire à Pontchartrain:
«M. du Casse mit à la voile avant-hier avant le jour, d’un vent si favorable pour sa route que, s’il l’a trouvé de même à la mer, il doit être arrivé hier ou aujourd’hui devant Barcelone; mais les vents sont fort changeants dans cette saison. Il prit sa vergue de hune en sortant des îles d’Hyères.»
De son côté, Bellefontaine avait imité le silence prudent de Vauvré et gardé la même réserve; le 18 mars, il se décida cependant à écrire au ministre:
«Monseigneur, M. du Casse est enfin parti des îles d’Hyères, et comme les vents nous ont paru favorables, je compte qu’il peut être maintenant à la côte de Catalogne. Pour sa santé, dont vous voulez que je vous rende compte, je vous dirai qu’il m’a paru en mauvais état, ayant toujours la tête embarrassée, et il est à craindre que d’un moment à l’autre il ne lui arrive un nouvel accident.»
L’intendant de Vauvré paraît plus rassuré sur la santé du commandant en chef de l’armée navale, car on lit dans une lettre de lui datée du même jour:
«Je me suis donné l’honneur de vous rendre compte régulièrement de la santé de M. du Casse. Il y a encore de la faiblesse dans ses jambes. Cependant il demeurait debout la moitié du jour dans la maison et dans le vaisseau, et montait et descendait les escaliers avec facilité.
«La grande incommodité qu’il a depuis longtemps, c’est la difficulté de retenir son urine et un petit dévoiement.»
Pontchartrain fut fort aise d’apprendre que du Casse avait pu enfin mettre à la voile par un vent favorable. Le temps d’arrêt qu’il avait dû subir avait fort contrarié le Roi.
Malgré la satisfaction qu’éprouvait le ministre de savoir d’une manière positive le départ de l’escadre, elle n’était pas sans mélange, par l’inquiétude où il était qu’il ne pût arriver sans encombre à Barcelone. Le 28 mars, il fait part de ses craintes à Vauvré.