«Monsieur le lieutenant général du Casse, depuis la conclusion des traités que mes ambassadeurs signèrent l’année dernière à Utrecht, j’ai donné tous mes soins à consommer l’ouvrage de la paix générale et je n’ai rien oublié pour engager l’empereur à suivre l’exemple que ses alliés venaient de lui tracer. Dieu a béni la sincérité de mes intentions, et les conférences tenues à Rastadt entre le maréchal duc de Villars et le prince Eugène de Savoie, après la dernière campagne, ont enfin produit la paix que je désirais pour le bonheur de mes peuples et pour le bien général de toute l’Europe. La tranquillité dont elle jouira désormais étant un don de la miséricorde divine, mon intention est que, dans toute l’étendue de mon royaume, il en soit rendu à Dieu les grâces les plus solennelles; c’est pourquoi je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Deum sur votre vaisseau amiral l’Entreprenant, qui est devant Barcelone, que vous y assistiez avec tous les officiers qui sont sous votre commandement et que vous fassiez au surplus les réjouissances accoutumées.

«Et la présente n’étant à d’autre fin, etc...

«Ecrit à Marly, le 25 avril 1714.

«Louis.»

Pendant le mois de mai, du Casse prit, comme le plus élevé en grade et le plus ancien des officiers généraux, le commandement en chef des armées de terre et de mer devant Barcelone et la direction des opérations du siége; mais l’absence de troupes en nombre suffisant empêchèrent aucune action importante de se produire. Le 3 juin, Louis XIV envoya le duc de Berwick avec soixante dix-huit bataillons français de renfort, afin de réduire à l’obéissance les Catalans révoltés.

La santé de du Casse toujours chancelante ne devait pas supporter l’excès de fatigue que lui avait occasionné le commandement en chef des armées de terre et de mer. Il était retombé malade et, à bout de forces, épuisé, mourant, il avait dû solliciter un congé. En recevant cette demande, Pontchartrain, sur l’ordre du Roi, s’était empressé le 5 juin d’écrire à Vauvré:

«Le mauvais état de la santé de M. du Casse l’ayant obligé de demander au Roi la permission de se débarquer de l’Entreprenant pour repasser à Toulon et user des moyens convenables pour la rétablir, Sa Majesté a bien voulu la lui accorder et donner ordre en même temps à M. le Bailly de Bellefontaine de se rendre avec le plus de diligence qu’il sera possible devant Barcelone, pour prendre le commandement de l’armée navale.»

A cette lettre était jointe celle-ci à l’adresse du bailli de Bellefontaine:

«Monsieur, le Roi a été informé par M. du Casse que le mauvais état de sa santé ne lui permettait plus d’agir autant que le bien du service du roi d’Espagne le demande, et qu’il avait besoin d’un congé pour aller aux eaux reprendre des forces. Sa Majesté a bien voulu avoir égard à sa demande et m’a ordonné de vous dépêcher un courrier pour vous dire que son intention est que vous alliez, sans perdre un moment, prendre le commandement.

«Vous aurez soin de vous faire accompagner par votre chirurgien-major, afin que M. du Casse puisse, sans inconvénient, emmener le sien, qui lui sera utile dans son voyage.»