La marine royale faisait en du Casse une perte sensible; il était un des derniers survivants de la glorieuse épopée du règne de Louis XIV. Quelques mois plus tard, le Roi allait descendre dans la tombe. Avec lui s’écroulait le grand siècle, faisant place à l’époque mesquine qui s’ouvrait par les saturnales de la Régence pour se terminer par les vilenies du parc aux Cerfs, époque où devaient briller Philippe d’Orléans, opprobre de la maison royale, Dubois, honte de l’Église, Voltaire, capable de mettre aux pieds de la Pompadour et au service de la Prusse, ennemie de sa patrie, un génie incomparable.

La notion du juste et de l’injuste allait s’effacer du cœur des Français sous la régence d’un prince sceptique, incapable de rien respecter, et sous le règne d’un roi spirituel, intelligent, brave comme tous ceux de sa race, mais d’une faiblesse de caractère pire que la sottise pour un chef d’Etat, défaut qu’un système d’éducation mal entendu avait augmenté chez Louis XV, en lui inspirant une défiance de lui-même, funeste chez un homme dont la volonté doit s’imposer.

Du Casse n’eut pas, comme son compagnon d’armes du siége de Barcelone le duc de Berwick, la douleur de voir le neveu de Louis XIV saper par la base, en déclarant la guerre à l’Espagne, l’œuvre de famille qui aurait dû assurer la grandeur de la maison de France. La Providence lui épargna le spectacle du petit-fils du grand roi, subissant, vainqueur, des traités de paix que l’aïeul vaincu aurait rejetés.


NOTE

L’amiral du Casse laissa une veuve, née Marthe de Baudry, qui mourut le 2 décembre 1743, âgée de 82 ans, et une fille, Marthe du Casse, mariée à Louis de la Rochefoucauld, marquis de Roye, lieutenant général des galères.

De cette union naquit Louis-Jean-Frédéric de la Rochefoucauld, duc d’Anville, qui épousa sa cousine Nicole de la Rochefoucauld; leur fils, Louis-Alexandre, duc de Liancourt et de la Roche-Guyon, fut assassiné à Gisors dans le courant de l’année 1792. En lui s’éteignit la descendance masculine de Louis de la Rochefoucauld et de Marthe du Casse. Marié deux fois, sans avoir eu d’enfant, le duc Louis-Alexandre ne laissa que des sœurs.


L’amiral du Casse laissait, pour héritier de son nom, un neveu, Jean du Casse, son filleul, né à Saubusse en 1680, bon et beau garçon, spirituel, franc, loyal, d’une nature impétueuse, mais incapable de s’astreindre à aucune règle, imprévoyant de l’avenir, oublieux de la veille, peu soucieux du lendemain, avec cela plein de sens et de justesse, lorsqu’on le forçait à la réflexion et au raisonnement. En 1701 il venait d’atteindre sa vingtième année et était à Bayonne, auprès de sa sœur Suzette du Casse mariée à Jean de Vidon, lorsque leur oncle vint faire un court séjour dans cette ville.

Le futur lieutenant général des armées navales mit toute son influence à la disposition de son neveu pour lui faciliter l’entrée de la carrière qu’il voudrait embrasser, proposant de lui obtenir un brevet d’officier dans la marine royale. Voyant que le jeune homme montrait peu d’empressement pour le noble métier des armes, son oncle offrit de lui acheter, de ses propres deniers, une charge dans la magistrature. Même refus de la part du récalcitrant, qui ne voyait pas la nécessité de changer de condition, se trouvant fort heureux de la vie qu’il menait. Là-dessus colère de l’oncle, dissertations sans fin sur le devoir de se rendre utile à ses compatriotes, longues homélies sur les aventures galantes du neveu qui désolaient sa sœur et faisaient scandale dans la bonne ville de Bayonne.