C’est ce même acte de mariage, auquel il a été fait allusion au commencement de ce volume, à cause de la singularité de l’orthographe. En effet, la plupart des noms y sont écrits de deux manières différentes. Ainsi la future est qualifiée Estiennette de Jourdain; elle signe E. de Jordain. Parmi les témoins, l’un est appelé Portau, et signe du Pourtau; un autre, André Nolibois, signe André de Nolibosc. Enfin le beau-frère du marié se change en Jean de Bidon, tandis qu’il signe Jean de Vidon, qui est son nom véritable.

Cet acte est le premier où Du Casse soit écrit Ducasse, orthographe qui règne dans la plupart des actes rédigés à Bayonne.

Aussitôt que le mariage avait été convenu, on s’était empressé d’en faire part au chef d’escadre, l’informant en même temps des diverses circonstances qui l’avaient amené. La lettre fut longtemps en route; le valeureux marin, à qui elle était destinée, servait en ce moment sur les vaisseaux du comte de Toulouse sur le point de livrer la bataille de Vélez-Malaga. La lettre ne joignit du Casse qu’à Toulon, à son retour de cette campagne. Le récit de la folle aventure de son neveu le divertit beaucoup; le dénoûment le réjouit encore davantage, et il répondit à la nouvelle qu’on lui apprenait par l’envoi d’un bateau lilliputien rempli de magnifiques bijoux pour la femme du batelier.

Il vit sa nouvelle nièce lors d’un voyage qu’il fit deux ans plus tard, quand il fut envoyé en mission auprès du roi d’Espagne. Elle lui plut et il le lui témoigna par de grandes libéralités. L’amiral aida aussi beaucoup les importantes entreprises d’armateur de Jean de Vidon, qui avait associé son beau-frère à ses affaires.

Suzette du Casse, de son mariage avec Jean de Vidon, n’eut qu’une fille, Agne, grande héritière qui épousa le plus riche habitant de Bayonne, Etienne de Lormand. De cette union naquit Nicolas de Lormand, écuyer, père du richissime Jacques Lormand, célèbre dans le Béarn par son testament, qui déshéritait toute sa famille pour laisser sa fortune à des couvents, hôpitaux, et autres établissements publics ou religieux, entre autres la cathédrale de Bayonne, à laquelle il légua quarante mille livres de rente, qui ont servi à élever dans ce magnifique monument des petites chapelles bariolées, des couleurs les plus criardes et d’un parfait mauvais goût.

Jean du Casse et Estiennette de Jordain eurent plusieurs enfants, dont trois, Pierre-Xavier, Elisabeth et Jeanne, entrèrent en religion. L’aîné des fils, Bernard, né le 11 juillet 1714, et baptisé le lendemain à la cathédrale de Bayonne, eut pour parrain son oncle maternel Bernard de Jordain, alors à Nantes, et pour marraine sa cousine germaine, du côté de son père, Agne de Vidon.

Cet heureux événement fut suivi, un an plus tard, d’un grand deuil pour toute la famille, la mort de l’amiral du Casse. Bernard ne connut donc pas son illustre oncle, mais il conserva toujours la plus grande vénération pour sa mémoire.

Il le prouva d’une manière éclatante dans une circonstance solennelle.

L’affection et l’estime de ses concitoyens l’avaient élevé à la charge d’échevin. Il exerçait cette charge depuis plusieurs années lorsque le conseil de la ville lui offrit de solliciter du roi l’autorisation pour lui d’ajouter à son nom celui de la cité, de s’appeler à l’avenir du Casse de Bayonne, et d’écarteler ses armes patrimoniales de celles de son pays natal.

Bernard refusa, préférant garder le nom plus modeste, illustré par son grand-oncle.