Du Casse ne lui laissa pas le temps d’en dire plus long; et l’interrompant brusquement:
«Je suis étonné d’une semblable mission. Elle est contraire aux conventions diplomatiques. Seule, la compagnie de France a le droit de traite dans ce pays. Vous invoquez le souvenir de M. Hopsake, ancien gouverneur de cette côte pour les États généraux? Mais, depuis un an, monsieur, Gorée a changé de possesseur. Ne le savez-vous donc pas? Les États généraux ont osé soutenir la guerre contre le roi mon maître; Sa Majesté a conduit en personne ses armées dans les Provinces-Unies, et ordre a été donné à sa marine de s’emparer des colonies hollandaises. Mgr le vice-amiral d’Estrées a pris possession de Gorée, ainsi que des établissements voisins. Le traité de Nimègue, signé il y a quatre mois entre le roi très-chrétien et les États généraux, a stipulé le maintien de cette conquête entre les mains de la France. Et c’est aujourd’hui, après un an de paisible possession, après la consécration de cette possession par un traité de paix, que vous prétendez venir nous troubler dans l’exercice de notre droit? C’en est assez; cessons cet entretien. Et maintenant, monsieur, si vous ne vous éloignez pas de Gorée, vous et vos hommes, je serai forcé de vous considérer comme forbans, et d’agir en conséquence.»
Tel fut, à peu près, le langage du commandant français. Il rompit alors la conférence, ne doutant pas que les Hollandais ne se retirassent. Il n’en fut rien. Ils ne tinrent aucun compte de ses paroles, et continuèrent à naviguer dans les mêmes eaux, cherchant à faire la traite.
Du Casse envoya au capitaine du Corassol une nouvelle injonction d’avoir à se retirer. Celui-ci ne répondit rien et demeura sur la côte, s’efforçant de soulever les nègres contre les Français. Il réussit en effet à obtenir de quelques-uns d’embrasser sa cause.
Une dernière sommation étant restée, comme les précédentes, sans résultat, le 1er décembre 1678, du Casse fit saisir le navire le Château de Corassol et reconduire l’équipage hollandais à la Mina, port appartenant aux Provinces-Unies, situé à quatre cent cinquante lieues du cap Vert, sur les côtes de Guinée.
Le 8 du même mois, un autre petit vaisseau hollandais se présenta devant Gorée, pour faire la traite; mais du Casse l’ayant sommé de se retirer, il obéit sur-le-champ.
Après être resté une vingtaine de jours en observation sur les côtes, ne voyant plus aucun ennemi, du Casse pensa que les Hollandais s’étaient enfin lassés de leurs injustes prétentions et ne renouvelleraient plus leurs attaques.
Il crut donc pouvoir partir le 30 décembre, pour naviguer sur la Gambie, et veiller à ce que la compagnie française pût librement faire le commerce de ce côté, laissant encore une fois le commandement à son lieutenant Jean de Brémand.
Dix jours s’étaient à peine écoulés depuis le départ de du Casse, qu’un vaisseau hollandais de fort tonnage se montra dans les eaux du cap Vert (8 janvier 1679).
Sa chaloupe étant venue reconnaître l’Entendu, le commandant de Brémand fit tirer un coup de canon pour l’avertir d’avoir à l’accoster. Le commandant de la chaloupe obtempéra à cette invitation et vint à bord.