Jean de Brémand lui demanda quelle était la nationalité de son navire, d’où il venait, qui le commandait.

Sur la réponse qui lui fut faite que le bâtiment était hollandais, et arrivait d’Amsterdam sous le commandement du capitaine Hopsake, l’officier français demanda ce que venait faire dans ces parages ce commandant.

«M. Hopsake, lui répondit le Hollandais, était gouverneur de cette côte, lorsque M. d’Estrées s’en est emparé. Il est envoyé par la compagnie de Hollande pour rétablir ses anciens priviléges.

—C’est bien. Monsieur, si vous voulez rester à mon bord, je vais envoyer par votre chaloupe un de mes officiers parler à M. de Hopsake.»

Le commandant de Brémand appela alors son second, et lui donna ses instructions, lui recommandant d’amener à son bord M. de Hopsake et de se bien rendre compte de l’armement du bâtiment hollandais.

Cet ordre fut ponctuellement exécuté. Le commandant de Brémand ne tarda pas à voir revenir sa chaloupe avec M. de Hopsake. Il s’entretint un instant en particulier avec son second et apprit que le bâtiment hollandais, bien que d’un fort tonnage, étant surchargé de marchandises et d’objets de commerce, ne renfermait proportionnellement à sa grandeur qu’un nombre restreint de matelots. Il fit alors introduire M. de Hopsake, qui exhiba la commission en vertu de laquelle il devait rétablir dans son état primitif la colonie, dont il était anciennement le gouverneur, et cela au profit d’une compagnie hollandaise.

Brémand lui répondit que les Français étaient en possession de Gorée en vertu de l’article 7 du traité de paix de Nimègue, et en vertu de l’article 6 du traité de commerce; qu’en conséquence il ne pouvait que l’inviter à quitter ces parages.

Cette réponse fut faite d’un ton excessivement poli, mais net et ferme. Hopsake, voyant qu’il n’obtiendrait rien en parlementant, voulut essayer l’intimidation. Il déclara avec hauteur à Brémand qu’il prétendait traiter, et qu’il irait à Rufisk faire le commerce avec sa cargaison.

«Monsieur, riposta l’officier français, j’ai les ordres les plus formels de M. du Casse. Je les exécuterai. Vous n’irez pas à Rufisk, je vous le garantis, et si vous faites une tentative de ce genre, je vous préviens que je brûle votre navire et tout ce qu’il renferme.

—Ces menaces dans la bouche d’un simple commandant en second ont lieu de me surprendre.»