Après avoir assuré la sécurité du passage de Napoléon, le général fut chargé, quelques jours plus tard, d’escorter Mme la duchesse d’Orléans qui rentrait en France. Pendant les quelques jours qu’il accompagna cette princesse, il adressa à sa femme plusieurs lettres, et dans toutes il écrivait que sa conviction était que la branche cadette avait l’idée de remplacer sur le trône de France la branche aînée.

Cette tendance de la famille d’Orléans affligeait le général, dévoué serviteur de la maison royale, heureux de voir le sceptre dans les mains d’un frère du roi martyr, sous le règne duquel il avait fait ses débuts dans la vie militaire comme sous-lieutenant au régiment de Navarre.

Nommé chevalier de Saint-Louis, le 29 juillet 1814, commandeur de la Légion d’honneur le 9 novembre, le général du Casse fut appelé, le 23 janvier 1815, au commandement du département du Var, à Toulon. Il s’y trouvait lors du retour de l’île d’Elbe. Il fit arrêter l’avant-garde de Napoléon, composée de vingt-cinq hommes sous les ordres d’un capitaine.

Le gouvernement de la Provence était exercé par un maréchal de l’empire qui, depuis le retour de Louis XVIII, s’était montré le chaud partisan de la branche aînée. Tout à coup, sur la nouvelle du débarquement, le maréchal réunit les officiers sous ses ordres et leur prêche l’amour de l’empereur.

Le général du Casse, indigné, émet en termes assez peu mesurés l’avis de garder le serment de fidélité fait au Roi, et de soutenir la lutte contre Napoléon. Seul de son opinion, il la maintient énergiquement et, s’adressant directement au gouverneur de la Provence, il lui demande ce que signifie un pareil changement de conduite, un semblable langage, une telle palinodie.

Le maréchal furieux vient à lui, le pousse dans une pièce voisine:

«Mais malheureux, s’écrie-t-il, tu veux donc te faire fusiller; tais-toi.»

Le fait est que le général n’échappa qu’à grand’peine à la mort. Le bruit de son attitude résolûment royaliste s’étant répandu dans la garnison, les troupes voulurent lui faire un mauvais parti. Des soldats ivres, le sabre à la main, envahirent sa demeure; il fut sauvé, grâce à la présence d’esprit de son hôtesse, femme courageuse, qui parvint à le dérober à la fureur des assassins.

Le duc de Rivière était dans la ville et partait le jour même pour Constantinople, comme ambassadeur du Roi. Il proposa au général et à sa femme de les prendre à son bord et de les emmener en Orient, mais la baronne du Casse refusa cette offre obligeante ne voulant pas quitter la France, où elle aurait été obligée de laisser un enfant en nourrice.

Le général du Casse, étant parvenu à sortir de la ville, vint se mettre à la disposition de Mme la Dauphine, qui essayait d’organiser la résistance dans le midi de la France. Lors de la formation par M. le duc d’Angoulême d’une petite armée, il fut attaché par le prince à son état-major général. Il était alors sans aide de camp. Ayant désigné un jeune officier, M. Mottet, pour remplir cette fonction, il reçut de M. le Dauphin la flatteuse lettre suivante datée du Pont Saint-Esprit, 1er avril 1815.