«Monsieur le maréchal de camp baron du Casse,
«J’ai reçu votre lettre du 28 mars; elle contient une demande que je vous accorde avec plaisir. J’approuve que M. Mottet vous soit attaché en qualité de lieutenant aide de camp avec les appointements de son grade. Je ne doute pas qu’il ne soit très-digne de cette faveur, puisqu’il m’est présenté par vous de qui la duchesse d’Angoulême a eu si fort à se louer et que je tiens pour un des bons serviteurs du Roi. Comptez bien sur toute mon estime. Votre affectionné,
«Louis-Antoine.»
Dans le courant du mois d’avril le général du Casse reçut du ministre de la guerre impérial l’ordre de venir à Paris se justifier de sa conduite. Loin d’obtempérer à cette injonction il se jeta dans les montagnes d’Auvergne et il fit bien. L’empereur était convaincu, à tort croyons-nous, que le général du Casse était l’auteur du fameux passage de la proclamation d’Augereau en 1814, disant que Napoléon n’avait pas su mourir en soldat. L’empereur prétendait que le duc de Castiglione était trop bête pour avoir trouvé à lui tout seul cette phrase, qui avait dû lui être soufflée par son spirituel mais mordant chef d’état-major. Aussi Napoléon voulait-il profiter de la conduite du baron du Casse dans le Midi pour faire passer cet officier général devant un conseil de guerre; le bruit courait même qu’il l’aurait volontiers vu condamner à mort pour crime de rébellion contre l’autorité impériale. Pendant toute la durée des Cent-Jours le général du Casse resta caché, sous un nom supposé, en Auvergne.
Le 1er septembre, Louis XVIII le nomma au commandement de la Nièvre. En 1816, Mme la duchesse d’Angoulême, qui l’aimait et l’estimait beaucoup, vint à Nevers. Trouvant dans le salon de la préfecture le corps d’officiers des chasseurs de l’Isère, elle éleva soudain la voix:
«Messieurs, leur dit-elle, vous êtes bien heureux d’être sous les ordres du général du Casse: c’est le modèle de l’honneur et de la fidélité.»
C’était, en peu de mots, le plus bel éloge que l’on puisse faire d’un soldat.
Ce régiment des chasseurs de l’Isère était commandé par le marquis de la Roche-Fontenilles, neveu du lieutenant général honoraire marquis de Fontenilles, et cousin du comte Honoré de Fontenilles, devenu plus tard aide de camp de M. le Dauphin; le général du Casse, fort lié avec l’oncle et avec le cousin, avait pris en grande affection M. de la Roche-Fontenilles, et pendant son séjour à Nevers il le maria avec Mlle de la Rochefoucauld, fille d’une amie de la baronne du Casse.
Le 1er décembre 1817, le général fut mis en non-activité.
Monsieur, comte d’Artois, depuis Charles X, vit avec peine retirer un commandement effectif à l’un des plus fidèles serviteurs du Roi; aussi écrivit-il, le 7 février, au baron du Casse le billet suivant: