Cet homme rêvait de nouvelles vêpres siciliennes dans les régions voisines de l’équateur.

Ses trames ourdies, Hopsake reprit la route de Gorée, rejoignit son navire et, ayant levé l’ancre après avoir reçu des approvisionnements du trop honnête du Casse, il repartit pour la Hollande.

On était dans les premiers jours de mars 1679. Peu de temps après, vers le 10 du même mois, les navires français qui naviguaient sur les côtes de ces pays prirent le large. A peine s’étaient-ils éloignés que le roi Sin se mit en pleine révolte. (Royaume de Joal.)

Il fit jeter les agents de la compagnie en prison et livra leurs magasins au pillage.

Le roi de Baol ne tarda pas à suivre l’exemple de son voisin et allié et à faire mettre également à sac les comptoirs de Joal.

A peine du Casse eut-il connaissance de ces désordres qu’avec son activité ordinaire, sans perdre un instant, il se mit en mesure de les réprimer.

De la rivière de Gambie où il se trouvait encore, il revient à Gorée, réunit les troupes françaises en garnison dans la colonie, et à leur tête entre dans le royaume de Baol. Il prend et brûle plusieurs villages sur la côte, bat partout les indigènes et terrifie la population. Maître en peu de jours de tout le littoral, il s’apprête à envahir l’intérieur du pays. Le roi de Baol, épouvanté des rapides progrès du corps expéditionnaire, envoie à du Casse deux grands seigneurs chargés d’implorer de lui la paix, s’en remettant presque à sa discrétion pour en déterminer les conditions. Du Casse exige qu’on lui livre comme otages deux parents du roi; puis il met à la voile dans la direction de Joal, où il fait une descente avec ses troupes. A peine a-t-il entamé les hostilités que le roi du pays envoie sa soumission.

Du Casse prend également deux otages à Joal, impose au roi un traité de paix très-avantageux pour la France et se rend le 5 avril à Rufisk. Persuadé qu’il a terrifié les nègres par ses deux rapides expéditions dans les royaumes du Baol et de Joal et qu’il ne court nul danger désormais, il débarque à Rufisk (royaume de Cayor) avec quelques agents, et seize matelots qui composent l’équipage de sa chaloupe. Pendant qu’il visite les magasins, il se trouve tout à coup entouré par plus de trois mille nègres; néanmoins la crainte qu’il leur inspire est si grande, que ceux-ci, tout en le menaçant, hésitent à s’emparer de sa personne. Cette hésitation de leur part donne le temps à du Casse de se retrancher dans les comptoirs; la lutte s’engage, les Français repoussent toutes les attaques pendant trois heures. La nuit vient enfin, mais les nègres, au moyen de flèches enflammées, mettent le feu aux magasins. Pour éviter d’être brûlé vif, du Casse sort avec son monde, s’ouvre un passage, parvient jusqu’au rivage et regagne sa chaloupe à la nage.

Il s’était tiré sain et sauf de cette bagarre, grâce à son courage et à sa résolution. Mais il n’en était pas de même de tous ses hommes. Sur seize matelots, dix avaient été tués et quatre grièvement blessés. Les agents qui l’accompagnaient avaient été éprouvés dans la même proportion.

Le lendemain, du Casse arme des brigantins et des chaloupes pour courir sus, le long de la côte, aux bateaux-pêcheurs nègres.