Plusieurs sont capturés et un grand nombre de noirs sont tués, mais la leçon n’est pas assez forte. Le 10 avril, le gouverneur débarque avec trois cents hommes, s’empare d’une petite ville d’environ mille maisons et la brûle complétement. Le lendemain, nouvelle exécution. Le troisième jour, il est maître de toute la côte. Le roi de Cayor, Damel, envoie les premiers du pays en ambassade auprès du commandant français. Le chef de la députation lui dit en l’abordant:

«Seigneur, le roi notre maître nous a envoyés auprès de vous, pour vous représenter que ce n’est point par ses ordres que vous avez été insulté. Lui-même est la première victime de cet odieux attentat. Les séditieux, auteurs de cette conspiration, sont recherchés avec soin. Un châtiment exemplaire leur sera infligé. Ils seront coupés en quatre quartiers. Le roi vous prie de cesser les hostilités, et pour vous prouver combien il tient à votre amitié, il n’est rien qu’il ne fasse pour l’obtenir.»

C’était dire clairement à du Casse que l’on subirait telle loi qu’il jugerait à propos d’imposer. Il profita de la circonstance pour exiger des trois princes qui avaient obéi aux suggestions des Hollandais un traité de paix des plus avantageux pour la compagnie, donnant à la France le monopole exclusif du commerce sur les côtes du Cap-Vert à la rivière de Gambie, et la possession des terres sur une profondeur de six lieues sans que la France ait à payer aucun tribut.

La compagnie du Sénégal se trouva ainsi maîtresse des terres de la côte sur une longueur de cinquante lieues. Les agents, jetés en prison à Portudal, furent rendus, mais pas les marchandises pillées: «Les nègres, écrit du Casse, ne vuidant pas aisément les mains de ce qu’ils ont une fois pris, ne restituèrent rien du pillage qu’ils avaient fait

A la fin de l’année 1679, du Casse quitta le gouvernement du Sénégal. Croira-t-on que depuis le jour de son départ ce traité, qui donnait à la France trois cents lieues carrées de terrain, resta pendant près de deux siècles à l’état de lettre morte!

Il y a seulement quelques années, un des successeurs de du Casse, le colonel, aujourd’hui général, Faidherbe songea à exiger l’exécution de cette convention.

De retour en France, au commencement de 1680, du Casse fut reçu par le marquis de Seignelay, qui avait remplacé comme ministre de la marine l’illustre Colbert, son père. Seignelay lui fit beaucoup de questions, et lui demanda des éclaircissements sur Arguin et sur la prise de ce fort, dont les ambassadeurs hollandais réclamaient la restitution, en vertu, disaient-ils, des clauses du traité de Nimègue.

Du Casse démontra facilement au ministre combien les prétentions des Provinces-Unies étaient mal fondées.

Il était dit en termes formels, dans le traité de Nimègue, que toutes prises faites au delà du cap Saint-Vincent, moins de dix semaines après la signature des préliminaires, seraient considérées comme bonnes. Or les Français s’étaient emparés du fort d’Arguin dix-neuf jours seulement après la conclusion de la paix.

Mis ainsi au courant de la situation par celui-là même qui l’avait créée, le marquis de Seignelay fit signifier aux plénipotentiaires de Hollande que leurs demandes n’étaient pas recevables et qu’il n’y serait point donné suite.