Elle renfermait ce qu’on avait le plus intérêt à lui cacher, la commission française délivrée par le chevalier de Saint-Laurent. Du Casse étant revenu, l’officier hollandais ne fit semblant de rien et revint à son bord, où il s’empressa de montrer à son capitaine la commission qu’il avait volée.

Le bâtiment français, qui ne pouvait soutenir de lutte, fut immédiatement saisi et amené à Curaçao, où il fut jugé de bonne prise.

Du Casse ne se laissa pas abattre par la perte énorme d’argent que lui faisait subir ce fâcheux contre-temps. Séance tenante, à Curaçao même, il racheta son propre navire, ainsi que deux autres bâtiments chargés de tabac, avec lesquels il eut l’adresse et l’habileté de réaliser un bénéfice compensant, et au delà, les pertes qu’il venait d’éprouver.


LIVRE II


De 1686 à 1691. Surinam.

Cause véritable de l’admission de du Casse dans la marine royale.—Action d’éclat qui fixe sur lui les regards de Louis XIV.—Sa mission difficile sur les côtes d’Afrique.—Le capitaine Monségur.—Accueil sympathique fait par des Anglais à du Casse.—Calomnies des Hollandais. Ils représentent les colons français comme des forbans et des pirates.—Le royaume de Commando.—Etablissement de comptoirs français.—Aventure du chevalier de Sainte-Marie.—La Martinique en 1688.—Rapport fait à Colbert par du Casse sur les colonies anglaises.—Expédition contre la Guyane hollandaise.—Instructions du 13 janvier 1689.—Surinam.—Tentative de descente au Mexique.—Expédition de Saint-Christophe.—Le marquis de Blénac.—Du Casse capitaine de frégate (2 novembre 1689).—Correspondance du ministre de la marine Pontchartrain, successeur de Seignelay, avec du Casse.—Prise du Cap par les Espagnols.—Mémoire fait par du Casse sur Saint-Domingue.—Instructions pour le marquis d’Esragny.—La Guadeloupe.—La Martinique.—Du Casse gouverneur de Saint-Domingue en remplacement du comte de Cussy.—Etat de Saint-Domingue à cette époque, d’après le chevalier de Galliffet.

Nous voici arrivés à l’époque où du Casse quitta la marine marchande pour entrer dans la marine royale.

La Biographie universelle de Labrousse, qui paraît tenir notre marin en haute estime, s’exprime à cet égard dans des termes peu bienveillants et surtout erronés: «Deux voyages successifs qu’il fit à Saint-Domingue en moins de deux ans, dit cette biographie, furent tellement fructueux pour la compagnie et avantageux pour lui, qu’il se vit en état de quitter la carrière du commerce; nous ne relevons ces choses qu’à regret sur le compte d’un brave marin.»