Il est possible que du Casse fut dès cette époque dans une position de fortune aisée, mais ce n’est pas là ce qui amena du changement dans sa carrière. Sous Louis XIV ce n’était pas des considérations de cet ordre qui déterminaient les choix du gouvernement.

Son admission dans la marine royale fut le prix d’une action d’éclat qui lui valut le grade de lieutenant de vaisseau.

Revenant en France, il rencontre une frégate hollandaise. Malgré une disproportion considérable entre son navire et le bâtiment ennemi, confiant dans son audace et dans la valeur de son équipage, du Casse donne la chasse au Hollandais, l’attaque, et, après l’avoir quelque temps canonné, manœuvre pour l’aborder. L’ayant accroché, il saute sur son bord, sans s’inquiéter du nombre d’hommes qui le suivent, une vingtaine au plus. Pendant qu’il fait des prodiges de valeur, les deux navires mal accrochés se séparent, et il reste avec ses vingt matelots sur le pont ennemi. La partie de son équipage demeurée à son bord ne doutant pas qu’il ne soit pris ou tué avec ceux qui l’ont suivi, s’éloigne faisant force de voiles. Tout autre que du Casse se fût trouvé fort heureux d’en être quitte avec la vie sauve, comme prisonnier de guerre. Il n’en est pas ainsi; l’intrépide marin redouble de courage. Continuant à combattre, et animant les siens, il parvient, malgré l’infériorité du nombre, à se rendre maître de la frégate ennemie, sur laquelle il arbore aussitôt son pavillon pour rappeler son propre bâtiment.

Quelques jours plus tard, il rentrait triomphalement à La Rochelle avec la frégate hollandaise. Le bruit de cette action aussi extraordinaire que glorieuse étant parvenu jusqu’à la cour de France, elle vint aux oreilles du roi. Ce prince, juste appréciateur du mérite, témoigna le désir d’avoir un pareil homme à son service et lui fit offrir d’entrer dans la marine militaire avec le grade de lieutenant de vaisseau. Du Casse, flatté de cette marque d’estime du premier monarque de la chrétienté, s’empressa d’accepter et reçut son brevet le 15 mars 1686.

Il ne tarda pas à être désigné pour remplir une mission fort délicate, celle d’aller protéger sur les côtes d’Afrique les intérêts de notre commerce en souffrance.

Des forbans arboraient le drapeau français sans autorisation du gouvernement royal, et, à la faveur de ce subterfuge, se livraient à des actes de pillage, rançonnaient les côtes de la Guinée et enlevaient les nègres qu’ils allaient revendre en Amérique.

Un des pirates, nommé Thomas de Royan, avait mené à Saint-Domingue des nègres dont il s’était emparé de cette façon.

Rapport de cette affaire ayant été mis sous les yeux du roi, Louis XIV donna l’ordre que ces nègres fussent ramenés sur un de ses vaisseaux là où ils avaient été pris. Du Casse reçut le commandement de la frégate la Tempête et alla mouiller à Cadix, où il devait être rejoint par les nègres revenant d’Amérique. Il avait ordre de les ramener dans leur pays, et de donner la chasse à tous les forbans qui infestaient les mers d’Afrique.

Le 9 juin 1686, un navire venant de Saint-Domingue mouilla en effet dans le port de Cadix, ayant les nègres à son bord, et son commandant remit à du Casse une lettre que lui écrivait le capitaine de Monségur, l’un des principaux chefs des troupes de Saint-Domingue. Cette lettre lui faisait connaître l’état de la colonie et ce qui s’était passé depuis son départ. Entre autres choses, la lettre portait:

«Nombre de flibustiers ont passé dans la mer du Sud. La coste de Saint-Domingue est misérable, n’ayant pas un sou. La levée du tabac sera tardive.»