Cette nouvelle fit beaucoup de peine à du Casse, très-affligé d’apprendre l’amoindrissement d’une colonie à la prospérité de laquelle il avait espéré imprimer un nouvel essor par l’importation des nègres.
Il quitta la rade de Cadix, se dirigeant vers le littoral occidental d’Afrique. Parvenu à la côte d’Or, dans la partie septentrionale du golfe de Guinée, au-dessous de la Sénégambie, il apprit avec stupéfaction que les commandants hollandais dans ces pays répandaient partout le bruit qu’il était un forban ayant l’intention d’enlever tous les nègres qui s’aventureraient à son bord.
La mission de du Casse, qu’il remplissait comme il le devait, aurait dû faire tomber ces allégations mensongères sans qu’il fût besoin de les démentir, mais le bon sens n’est pas l’apanage de la multitude.
Non contents de travailler à discréditer du Casse auprès des populations nègres, les Hollandais poussèrent la haine jusqu’à faire croire au gouverneur de la colonie anglaise de Corsi sur la côte d’Or, près l’établissement hollandais de la Mina, à l’est, que la frégate prenant le pavillon français ne l’arborait qu’en fraude. «Calomniez, calomniez, écrivait un siècle plus tard un auteur demeuré célèbre, il en reste toujours quelque chose.» Quoique le mot n’eût pas été encore dit, le fait n’était pas moins vrai déjà à cette époque.
Du Casse ayant été mouiller près de la rade de Corsi, le commandant de la forteresse détacha un vaisseau de la marine anglaise pour aller combattre celui qu’il considérait comme un forban. Mais cette affaire n’alla pas aussi loin que les vindicatifs Hollandais le souhaitaient.
Du Casse fut vite reconnu, et les Anglais, n’ayant pas les mêmes motifs de haine et de jalousie contre lui, lui firent un accueil des plus sympathiques, témoignant beaucoup d’estime au jeune officier qui, dans un rang si peu élevé, avait su faire prévaloir sur le littoral de l’Afrique la prédominance de sa patrie.
La frégate française, continuant son exploration, vint à passer devant le fort de Boutoë, dans la rade duquel elle mouilla et où elle fut fort mal reçue.
Le mauvais accueil décida son capitaine à lever l’ancre; il courut des bordées le long des côtes, et chercha à entrer en relations suivies avec les nègres.
L’officier général qui commandait, au nom des États généraux bataves, le comptoir hollandais de la Mina, près le cap Corsi, mit en œuvre tous les moyens imaginables pour empêcher les relations entre du Casse et les noirs de s’établir, menaçant les indigènes d’une guerre d’extermination s’ils recevaient les Français.
L’année précédente, nos compatriotes s’étaient établis au village d’Aquitany, sur la côte d’Or. Le roi de Commendo, à qui appartenait ce point, leur en avait fait la cession. Le drapeau de la France ayant été arboré, les agents de la compagnie du Sénégal commencèrent à y élever des habitations. Les Hollandais, ne pouvant les en empêcher, voulurent obliger le roi de Commendo à révoquer cette concession. N’ayant pu l’obtenir, ils lui adressèrent les plus violentes menaces, et, sur le refus de ce prince, fidèle observateur de la parole donnée, d’obtempérer à leurs injonctions, des menaces ils passèrent aux actes, lui déclarèrent ouvertement la guerre, et par leurs perfides suggestions amenèrent le roi d’Adon, son voisin, à s’allier à eux. Ce dernier, à la tête d’une armée relativement considérable, envahit les Etats de Commendo, et, le succès ayant couronné son agression, il fit mettre à prix la tête du prince allié des Français, ainsi que celles des principaux nègres soupçonnés de leur être favorables.