Les maisons, que la compagnie du Sénégal avait fait construire, furent brûlées par les esclaves des Hollandais, avec les marchandises qu’elles renfermaient.
Du Casse rétablit la colonie au nom du roi, fit rebâtir les maisons et y installa les agents de la Compagnie; mais dès qu’il se fut éloigné, deux vaisseaux hollandais vinrent s’embosser devant Aquitagny, canonnèrent le village et s’opposèrent à la pêche, qui faisait subsister tout le pays. Les Hollandais dirent aux indigènes que la conduite des Français les forçait à agir ainsi. Ils espéraient rendre ces derniers odieux, les faire chasser du pays, peut-être même égorger.
Tous ces faits, accomplis après le départ de du Casse, avaient lieu à son insu, pendant qu’il continuait ses explorations.
Passant devant Tacorary, localité importante de la côte, son navire la Tempête se trouva manquer d’eau.
Le lieutenant, le chevalier de Sainte-Marie, fut envoyé à terre avec le canot pour savoir si l’on pourrait remplir les futailles.
Aussitôt qu’il fut entré dans le village, un grand nombre de nègres armés se précipitèrent sur lui et sur son escorte, firent main basse sur le canot et menèrent l’équipage prisonnier à la forteresse hollandaise de Saconde, et de là à celle de la Mina. Le général commandant la station batave les fit jeter en prison et mettre aux fers pendant la nuit. Le lendemain, le lieutenant de Sainte-Marie reçut ordre d’avoir à se présenter devant le Hollandais.
Cet officier général ayant appris ce qui avait motivé l’envoi à terre du canot de la frégate française, renvoya l’équipage, mais sans offrir de vivres à ces pauvres gens, pas même à leur chef. Il les chargea de dire à du Casse que lorsqu’il voudrait descendre à terre il aurait à lui en demander la permission.
Le commandant de la Tempête fut assez étonné de la singulière réception faite à ses hommes et de la non moins singulière mission dont ils venaient d’être chargés pour lui. Il monta dans sa chaloupe, s’approcha de la rade où flottait le pavillon hollandais, et ne tarda pas à essuyer, sans que rien pût le lui faire prévoir, deux décharges de mousqueterie.
Il revint alors à son bord, résolu à tirer de cette nouvelle insulte une vengeance éclatante. Mais, prudent et sage autant que brave, et réfléchissant qu’avec son seul navire il aurait à soutenir une lutte par trop disproportionnée contre les forces de terre et de mer des Provinces-Unies dans ces parages, il patienta et envoya le chevalier d’Amon, capitaine du navire le Joly, atterrir à Acara sous une forteresse anglaise éloignée de quelques centaines de toises d’un fort hollandais.
Le commandant de ce dernier fort fit dire à l’Anglais qu’il était étonné de le voir accueillir des gens avec qui son général était en hostilité; qu’il avait l’ordre formel de tirer sur eux et de les faire prisonniers. L’Anglais, surpris et indigné de ce langage, fit une réponse telle que peu s’en fallut que les deux forts ne se canonnassent.