Quant à du Casse, fatigué de tous les obstacles que la mauvaise volonté des Hollandais apportait à l’exécution complète de sa mission, il ravitailla son navire et mit à la voile pour l’Amérique, ainsi que le lui prescrivaient ses instructions, remettant sa vengeance à d’autres temps.

Le 16 juin 1688, il arriva à la Martinique, et y resta peu de temps.

Il fit connaître, pendant son court séjour, à l’intendant de cette colonie, du Maitz de Goimpy, la conduite des Hollandais à son égard sur les côtes de Guinée; puis il mit à la voile pour la France, ayant hâte d’informer son gouvernement de ses démêlés avec les Hollandais. Il fit au ministre de la marine, Colbert, marquis de Seignelay, un récit fidèle des péripéties de son voyage.

Comme il racontait l’appui qu’il avait trouvé auprès des officiers du royaume de la Grande-Bretagne, le marquis de Seignelay le pria de lui exposer dans un rapport détaillé la situation des Anglais en Afrique. Le brouillon de ce rapport a été gardé par du Casse dans ses papiers. Il est intitulé:

«Titre des Anglais au Cap-Vert sur la côte de la Guinée en Afrique. Matière du fait et du droit des Anglais.»

Nous croyons inutile de reproduire ce long rapport, qui n’a plus de nos jours l’intérêt qu’il avait il y a deux siècles, et qui établissait le droit primitif incontestable des Anglais sur celui des Hollandais.

Aussitôt ce rapport terminé, son auteur le porta au ministre. Nourrissant toujours des projets de vengeance contre le gouvernement des Provinces-Unies, du Casse profita de son audience pour insinuer à Seignelay qu’il serait assez habile à la France de saisir l’occasion d’une révolte qui venait d’éclater dans la Guyane hollandaise pour s’emparer de cette colonie. Le ministre parut frappé de la justesse de cette idée et promit d’examiner sérieusement le projet.

Le lendemain, le roi remit à Seignelay une pétition que lui adressait une compagnie de commerce, offrant à Sa Majesté de faire tous les frais d’une expédition destinée à prêter main-forte à la garnison de Surinam, principale ville de la Guyane hollandaise, révoltée contre la domination batave, à enlever la colonie, ou tout au moins à lui imposer une forte contribution de guerre. Le ministre fut d’avis de faire faire une réponse favorable à cette ouverture. Louis XIV voulut fournir, pour l’exécution de l’entreprise, quatre bâtiments et quatre cents hommes, tant soldats que matelots. Le marquis de Seignelay, se rappelant que l’idée première de cette expédition lui avait été suggérée par du Casse, proposa au roi d’en confier la direction et le commandement supérieur à cet habile officier. Le souverain donna à ce choix son approbation pleine et entière.

Chose singulière! bien que du Casse ne fût que lieutenant de vaisseau, on avait à la cour une telle opinion de sa valeur et de ses talents, qu’on n’hésita pas à mettre sous ses ordres un capitaine de la marine royale nommé de Gennes, contrairement à tous les usages et aux règles de la hiérarchie! Chose plus singulière encore! tel était le renom de du Casse, si grande était l’estime de ses camarades et de ses chefs pour lui, que le capitaine de Gennes accepta, sans réclamer, de servir sous ses ordres.

Le 13 janvier 1689, du Casse reçut des mains du délégué du ministère de la marine, M. de Lagny, des instructions écrites, longues, diffuses et dont l’esprit, plus mercantile que noble, était surtout de dépenser le moins possible et d’arriver aux résultats les plus lucratifs.