Du Casse devait commander quatre bâtiments armés en course, le Hasardeux, l’Emérillon, la Loire et la Bretonne, mettre son pavillon sur le second de ces navires, l’Emérillon, agir avec économie et prudence, se rendre à Cayenne et aux côtes de la Guyane. Si, sur sa route, il capturait des bâtiments, il avait ordre d’envoyer ses prises au fur et à mesure à La Rochelle, ne conservant que ce qui pouvait lui être utile pour son expédition. Une fois à Cayenne, il devait s’entendre avec M. de la Barre, qui y commandait, mettre à terre tout ce qu’il avait pour la colonie française, prendre à son bord les officiers, soldats, habitants indigènes qui voudraient le suivre à Surinam, convenir, avec ces auxiliaires et avec les officiers et soldats de la garnison de Cayenne qui feraient partie de l’expédition, de la part qui leur serait faite sur les prises.
Du reste, pleine et entière latitude était laissée au chef de l’expédition pour la direction et la conduite de l’opération de guerre, soit qu’il agît de vive force, soit qu’il tentât de s’emparer de Surinam par stratagème. On recommandait enfin à du Casse le mystère le plus absolu, pour que rien ne vînt à l’avance aux oreilles de l’ennemi.
Les instructions se terminaient par de longues recommandations pour vendre au mieux les nègres et les prises, afin d’en retirer le plus de profit possible.
Le 13 février 1689, du Casse quitta La Rochelle suivi de sa flottille. Pendant la traversée il fut joint par un navire flibustier.
Fort aimé des flibustiers, qu’il avait déjà associés à ses entreprises dans plusieurs circonstances, du Casse fit souvent profiter la marine royale de son influence sur eux, en les employant comme troupe de renfort dans ses expéditions. C’est là ce qui donna prétexte au malveillant duc de Saint-Simon de prétendre que du Casse avait été flibustier, erreur propagée depuis par des biographes mal informés, ou se répétant les uns les autres.
L’escadre, ainsi que le prescrivaient les ordres du roi, mouilla à Cayenne.
Le 29 avril 1689, du Casse partit de cette colonie, ayant sous ses ordres deux vaisseaux de guerre de trente à trente-huit canons, deux flûtes de l’État, une barque longue, un brulôt, une galiote à bombes, un navire flibustier, deux autres navires, le Glorieux et la Diligente, quatre grandes chaloupes, deux pirogues, en tout seize bâtiments de diverses grandeurs.
Le 6 mai 1689, il arriva près de la rivière de Surinam, où il apprit que la situation avait changé du tout au tout en faveur des Hollandais. La garnison indigène, rentrée dans le devoir, avait été renforcée de troupes européennes. En outre, quatorze bâtiments ennemis (dont un vaisseau de soixante canons) étaient en mesure d’appuyer la défense de la colonie.
Du Casse néanmoins ne voulut pas renoncer à l’entreprise. Il résolut de faire une tentative contre Surinam. Les dispositions d’attaque qu’il prit auraient fait honneur aux plus habiles et aux plus anciens officiers de la marine royale.
Deux hommes de mérite, l’ingénieur qui accompagnait l’expédition de Surinam, et un marin de beaucoup de valeur, le chevalier d’Orvilliers, rendirent compte au ministre, par lettre du 9 au 10 juin 1689, un mois après l’expédition, des causes de l’insuccès; tous les deux s’accordent à faire l’éloge de la belle conduite de du Casse.