Beauregard s’empare, dans sa marche, d’un millier de nègres. La flotte française, demeurée à Coubé, capture plusieurs navires anglais chargés de bœufs, de lard et de farine. Du Casse expédia le tout au Petit-Goane, ainsi qu’une pièce de dix-huit, trouvée en bon état. Quant aux autres qui étaient enclouées, on les détruisit. Les forts furent entièrement ruinés et rasés.

On apprit par des prisonniers ennemis que les Anglais, ayant été informés des préparatifs de du Casse, avaient abandonné toute l’île pour se retrancher et se fortifier dans les villes de Port-Royal, Ouatirou et Léogane.

Le 4 juillet, le Téméraire, commandé par du Rollon, ayant dû couper son câble et quitter la flotte par suite du mauvais temps, se rendit au Port-Morante, où il trouva des vivres et des approvisionnements en abondance. Ce bâtiment y resta jusqu’au 26 juillet 1694.

Beauregard, profitant de sa présence, parcourut avec un fort détachement toute la côte septentrionale de la Jamaïque, faisant ce que l’on appellerait aujourd’hui, dans l’armée d’Afrique, une razzia complète, enlevant au nom du roi de France tout ce qu’il trouvait.

Le 26 juillet, la flotte appareilla et retourna à la baie de Coubé, où elle mouilla le soir même. Immédiatement toutes les troupes, les flibustiers et les gens de Saint-Domingue, débarquèrent et s’avancèrent, tambour battant, enseignes déployées, sur Port-Royal. Arrivés devant les murs de la place, ils s’arrêtèrent, paraissant hésiter entre deux partis: celui d’attendre que l’ennemi fît une sortie et vînt livrer bataille, ou celui de donner l’assaut. L’intention de du Casse était de menacer Port-Royal, afin de retenir à l’intérieur de la ville la garnison anglaise, dans le cas où cette garnison voudrait porter secours à une autre ville attaquée. Ce n’était de ce côté qu’une diversion.

Après être demeurées trois heures devant Port-Royal, les troupes françaises revinrent la nuit à la baie de Coubé, sans qu’à Port-Royal on s’aperçût de leur disparition, tant l’obscurité était grande.

L’intention de du Casse était de s’emparer de Ouatirou, où se trouvait la majeure partie des forces anglaises.

Le 27, dès la pointe du jour, de Graff, un des principaux chefs des flibustiers, partit avec quatorze bâtiments portant toutes les troupes françaises. Le 28, à midi, il mouillait devant Ouatirou. Il y trouva un vaisseau négrier ennemi de trois cents tonneaux, ayant trente bouches à feu. Il manœuvra pour s’en emparer; mais les nègres étaient déjà débarqués, et le capitaine, homme énergique, mit le feu à son navire, préférant le voir en cendres qu’aux mains des Français.

L’artillerie de la place ouvrit immédiatement le feu contre les navires qui étaient à l’ancre, sans leur causer aucun dommage.

Dans la nuit du 28 au 29, les Français opérèrent leur débarquement, qui dura de deux à cinq heures du matin. Les vaisseaux de ligne étant restés à Coubé, afin de dissimuler le départ des troupes pour Ouatirou, il fallut, pour atterrir, employer des chaloupes qui ne pouvaient passer que cinquante hommes à la fois.