A la vue de l’escadre ennemie, chaque bâtiment tira de son côté. Le Christ (capitaine Cotny) fut pris par les Hollandais. Le Cerf-Volant (capitaine Pierre) eut le même sort. Un bâtiment échoua et se fit brûler à la côte de Saint-Domingue. Les cinq autres abordèrent sur divers points de Saint-Domingue et à l’île Avache.

Revenons à Pointis et à du Casse.

Le 31 mai, deux capitaines de milice étaient venus demander à du Casse l’autorisation de retourner à Saint-Domingue; du Casse les engagea à se joindre aux flibustiers pour empêcher la continuation des désordres, les priant de dire à ces hommes qu’ils devaient se rendre au plus vite à Saint-Domingue, avoir confiance dans la justice du roi et leur assurer que lui, du Casse, se rendrait incessamment en France pour faire valoir leurs droits.

Le 2 juin, le Pontchartrain, monté par Pointis, et la Marie mirent à la voile et arrivèrent à Saint-Domingue en seize jours.

Le 5 juin, un petit bâtiment, expédié de la colonie par le gouverneur intérimaire, remit à du Casse une lettre lui annonçant qu’une forte escadre anglo-hollandaise était à la Barbade, menaçant Saint-Domingue. A cette lettre en était jointe une autre du major de Beauregard; la voici:

«Le sieur Rache est arrivé par Raquoin, où est mouillé le capitaine Salle et Blout et le sieur Marcary. Il rapporte de très-méchantes nouvelles. Il croit nos flibustiers pris. Il est extrêmement fatigué, mais demain il m’a promis de vous aller voir. Voilà un terrible accident. Il serait bon pour cette colonie que nous n’eussions jamais vu M. de Pointis.

«Je ne doute pas qu’ils ne nous viennent visiter en peu de temps, et il est plus que temps de se préparer à les recevoir. J’ai le cœur si pénétré de la perte de nos gens que je ne sais ce que je fais ni ce que je dis.»

La flotte anglo-hollandaise était celle dont nous avons parlé plus haut et qui se jeta sur les flibustiers. En voyant les épouvantables malheurs amenés par la conduite du baron de Pointis, malgré tous les sages avis qui lui avaient été donnés et qu’il avait dédaigné d’écouter, du Casse n’hésita pas à envoyer un de ses officiers à la cour de France pour y faire un rapport fidèle des événements et pour demander justice au roi, pendant que lui-même reviendrait prendre possession de son gouvernement menacé.

Il confia cette mission au chevalier de Galiffet et le chargea de remettre au grand-amiral de France, comte de Vermandois, la lettre suivante[3]:

«Monseigneur, ayant fait la campagne pour l’expédition de Carthagène avec l’escadre commandée par M. de Pointis, j’envoie M. de Galiffet pour en rendre compte à la cour; il aura l’honneur de vous en faire la relation entière, elle mérite que Votre Altesse sérénissime en soit informée, les armes du roi n’ayant pas eu depuis longtemps un plus beau relief, par rapport à la situation et à la force de cette ville. M. de Galiffet est parfaitement recueilli sur tous les faits; mais en parlant avantageusement à Votre Altesse sérénissime des autres, sa modestie lui ferait taire qu’il est un des principaux acteurs, et je dois vous dire, Monseigneur, qu’il s’est acquis une estime générale et que sa valeur l’a conduit à toutes les actions d’éclat avec distinction. Je prendrai la liberté aussi de dire à Votre Altesse qu’il a un attachement parfait pour votre personne et pour vos intérêts. Je l’ai chargé de supplier Votre Altesse sérénissime de m’accorder l’honneur de sa protection pour obtenir justice contre des outrages sanglants qui ont été injustement faits à mon caractère, dont il aura l’honneur de vous entretenir.