Une année entière s’écoula sans que la question eût fait un pas. Louis XIV, voulant la voir résolue, envoya l’ordre à du Casse de se rendre en France pour traiter cette affaire directement avec la cour d’Espagne.

En conséquence du Casse remit le gouvernement intérimaire au chevalier de Galliffet, et s’embarqua vers le milieu de 1700 pour se rendre sur le continent.


LIVRE V


(1700-1705).

SAINTE-MARTHE ET VÉLEZ-MALAGA

Du Casse à Versailles.—Présentation au roi.—Mission diplomatique confiée à du Casse.—Négociations.—Plans de défense maritime.—Asiento, traité relatif à la traite des nègres.—Déclaration de guerre.—Commandement donné à du Casse.—Nicolas de Grouchy.—Du Casse élevé à la dignité de capitaine général d’Espagne.—Son départ, avec une escadre, pour l’Amérique.—Porto-Rico.—Louis de la Rochefoucauld, chevalier de Roucy, marquis de Roye.—Armée navale de l’amiral anglais Benbow.—Bataille de Sainte-Marthe (août 1702).—Victoire complète remportée par du Casse.—Du Casse à Carthagène.—Fuite de l’amiral anglais Graydon.—Mariage de Marthe du Casse, fille de l’amiral, avec Louis de la Rochefoucauld, marquis de Roye, chevalier de Roucy, beau-frère de Pontchartrain.—Bataille navale de Vélez-Malaga, gagnée par Louis-Antoine comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV.—Fautes commises.—Du Casse et son escadre.—Toulon.—Mariage de Jean du Casse, neveu et filleul de l’amiral, avec Estiennette de Jordain (Bayonne 1704).

Lorsque du Casse arriva en France, mandé par le roi, le duc d’Anjou venait d’accepter le trône d’Espagne (5 novembre 1700). Cet événement modifiait du tout au tout la situation des colonies françaises en Amérique. On avait besoin des lumières et de l’expérience du gouverneur de Saint-Domingue, pour régler les conditions nouvelles qui allaient régir les rapports entre les deux couronnes dans les Indes (c’est sous ce nom qu’à cette époque on désignait l’Amérique). Du Casse, à son débarquement, trouva l’invitation de se rendre à Versailles. Il y fut sans délai et vit le ministre Jérôme Phélippeaux, comte de Pontchartrain, qui venait d’être nommé secrétaire d’État à la marine, en remplacement de son père, élevé à la dignité de chancelier de France. Le nouveau ministre entretint longuement du Casse, lui parla des difficultés qui s’étaient élevées au sujet de la délimitation des frontières dans l’île de Saint-Domingue, et le félicita sur sa brillante administration. Du Casse, heureux de voir le comte de Pontchartrain si bien disposé envers lui, profita de la circonstance pour renouveler ses doléances au sujet de l’affaire de Carthagène, disant qu’il était dur pour un officier du roi d’être traité dans son propre gouvernement comme il l’avait été par le baron de Pointis. Le ministre répéta de vive voix, comme son père l’avait déjà mandé dans ses lettres à du Casse, que le roi avait reconnu la justesse de ces observations. Jérôme Pontchartrain ajouta que Sa Majesté avait manifesté le désir de recevoir le gouverneur de Saint-Domingue, pour lui témoigner elle-même sa satisfaction de la belle conduite qu’il avait tenue en toute circonstance, et que, pour lui prouver sa haute estime, elle voulait que ce fût lui qui terminât les différends qui existaient encore au sujet de l’affaire de Carthagène.

Le ministre engagea du Casse à lui adresser un mémoire détaillé et précis à ce sujet, avec chiffres à l’appui, et le prévint que le lendemain ou le surlendemain il aurait l’honneur d’être présenté à Sa Majesté.