En effet, du Casse fut reçu par le roi. Ce prince le complimenta en quelques mots heureux, tels qu’ont toujours su en inspirer à la plupart des Bourbons de la branche aînée leur esprit français et leur cœur paternel.

Au sortir de cette entrevue, du Casse, pour se conformer aux instructions de Pontchartrain, rédigea et remit à ce ministre une note sur l’affaire de Carthagène et sur l’emploi des fonds accordés par le roi. Le gouverneur de Saint-Domingue, dans cette note, donnait le conseil de payer en nègres ce qui restait dû aux habitants de la colonie.

Du Casse était dans le vrai. L’intérêt bien entendu du roi demandait que les habitants de Saint-Domingue, auxquels il était encore dû de l’argent, fussent payés en nègres, puisque cela en augmentait le nombre dans la colonie. La différence du prix d’achat en Afrique et de vente en Amérique devant couvrir les frais de transport, l’Etat, en agissant comme le voulait du Casse, n’avait rien à débourser en sus de l’argent provenant de Carthagène. Le ministre comprit la justesse de ce raisonnement et consentit à ce qui était proposé.

Au commencement de l’année 1701, du Casse partit pour l’Espagne, muni d’instructions de la cour de France.

Plusieurs points en litige étaient à régler. Depuis que les intérêts communs des Français et des Espagnols devaient les faire agir de concert, il n’était plus possible aux premiers de soutenir contre les seconds, comme ils l’avaient fait jusque-là, les Indiens de la Nouvelle-Grenade, ou Indiens des Sambres. Il fallait éviter d’un autre côté, en les abandonnant, qu’ils ne se tournassent vers les Anglais. Pour conjurer ce danger, il était nécessaire d’obtenir des Espagnols qu’ils oubliassent leurs griefs contre ces indigènes, et consentissent à ne pas les traiter trop durement, en leur accordant amnistie pleine et entière.

Il fallait l’esprit adroit et délié de du Casse, sa grande connaissance du caractère espagnol, pour mener à bonne fin une pareille négociation et obtenir des conditions favorables aux révoltés.

Il parvint à atteindre le but qu’il s’était proposé. Des instructions furent envoyées du cabinet de l’Escurial aux commandants espagnols dans le nouveau monde, leur enjoignant d’user de ménagements à l’égard des Indiens.

Du Casse, dès les premiers mois de 1701, prévit une guerre entre la France et l’Espagne d’une part, l’Angleterre et la Hollande d’une autre.

Avec la sagacité qui le caractérisait, il comprit que les Anglais et les Hollandais, ambitionnant le commerce du monde entier, n’accepteraient pas sans lutte le formidable empire maritime de Louis XIV, maître par lui-même ou par son petit-fils des côtes orientales et occidentales de l’océan Atlantique.

Aux yeux de du Casse, la guerre était inévitable, parce que leur intérêt faisait un devoir aux gouvernements d’Angleterre et de Hollande de la déclarer. C’était pour eux une question de suprématie maritime et commerciale.