Le 11 février 1705, du Casse avait prévenu de sa résolution le ministre de la marine, qui lui répondit le 25 du même mois:

«Monsieur, j’ai lu au roi votre lettre du 11 de ce mois, par laquelle vous m’informez du parti que vous avez pris de vous embarquer sur l’Entreprenant, pour aller jusqu’à Alicante, d’où vous passerez sans peine à Madrid.

«Sa Majesté l’a approuvé et attendra de vos nouvelles de cette ville, sur ce dont vous serez convenu avec M. le duc de Gramont, par rapport au service dont vous devez être chargé.

«Elle a donné ordre à M. le baron de Cœurs et au sieur de Colleville de se rendre à Cadix, avec le chirurgien et les officiers mariniers que vous demandez.»

Des ordres en effet avaient été donnés à divers officiers de se rendre à Cadix. Il avait été décidé qu’une escadre et une flotte (réunion de navires de commerce) appareilleraient dans ce port, où du Casse devait, en quittant Madrid, venir s’embarquer pour l’Amérique.

Pontchartrain craignait beaucoup que les lenteurs des Espagnols, en retardant le départ de du Casse, ne rendissent son voyage impossible ou n’exposassent cet intrépide marin à être fait prisonnier, si l’on donnait le temps à l’ennemi de concentrer des forces considérables à l’entrée de la rade de Cadix.

Cette crainte de voir du Casse bloqué dans Cadix, ou enlevé, à sa sortie, avec la flotte et les galions, était la constante préoccupation de Pontchartrain.

En quittant Toulon, du Casse emporta avec lui cent mille livres de poudre de guerre demandées par le roi d’Espagne. Il devait, une fois à Madrid, en réclamer le paiement, puis régler en même temps diverses questions d’intérêt pendantes entre la cour de France et celle d’Espagne.

Pontchartrain, qui voulait lui faciliter les moyens de remplir cette mission sans perte de temps, manda à tous les agents du gouvernement français en Espagne de faire ce qui dépendrait d’eux pour aplanir les difficultés et hâter la conclusion. Le 2 mars, il écrit dans ce sens au duc de Gramont, ambassadeur de France à Madrid, et au jésuite d’Aubenton, directeur donné, avec instructions secrètes, par Louis XIV à son petit-fils.

Le jour de son arrivée dans la capitale de la péninsule, du Casse en avertit Pontchartrain par un petit billet qui, parvenu à destination le 24 février 1705, fut immédiatement transmis par le ministre à sa belle-sœur la marquise de Roye, pour lui donner des nouvelles de son père. Le lendemain, 25 février, le ministre répondit à du Casse et manda à d’Aubenton de l’aviser si le marquis del Cazar, Espagnol de condition, chargé de veiller au prompt chargement des galions, était parti pour Cadix.