Du Casse écrivit le 17 avril, de Cadix, à Pontchartrain pour lui donner son avis sur la mise en défense de cette place et du port.

«Monseigneur, j’ai reçu les lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire les 18 et 25 mars. Il est vrai que je ne vous avais pas mandé l’état de ma jambe pendant mon voyage d’Alicante à Madrid. Les premiers jours elle enfla considérablement; depuis, elle s’accoutuma à la fatigue, mais je la sens toujours pesante et faible et je ne saurais soutenir longtemps mon corps dessus sans en être incommodé; cependant j’irai toujours mon chemin. Il me paraît qu’il ne saurait m’en arriver de suites fâcheuses. Je suis plus sensible que je ne saurais le dire à ces marques de votre souvenir.

«Vous désirez, Monseigneur, que je reste ici et vous espérez que ma présence contribuera à contenir les Espagnols. Je vous remercie très-humblement de la bonne opinion que vous avez de moi. Il me suffit que le roi désire quelque chose de mon service, pour que je m’y applique de tout mon cœur; c’est de quoi je vous prie d’être bien persuadé.»

La correspondance entre Pontchartrain et du Casse est active à cette époque. Le 22 avril le ministre, dans une lettre à l’amiral, lui dit:

«Le roi a approuvé la conduite que vous avez commencé de tenir avec M. de Valdercania et vous exhorte à la continuer, parce que c’est celle qui vous mettra en état de servir utilement Cadix pendant cet été.»

Du Casse interdit le départ pour l’Amérique de tout vaisseau courant le risque d’être enlevé. De concert avec le marquis de Valdercania, il s’occupa de la mise en état de défense du port et de la ville de Cadix. Il eut contre lui le Conseil des Indes.

Ce Conseil, malgré le danger évident d’être enlevés que devaient courir les navires qui sortiraient, voulait que les bâtiments de commerce fissent leur chargement et appareillassent pour l’Amérique, dussent-ils même partir sans escorte. C’était un aveuglement incroyable. Les dépêches venues de Madrid se succédaient sans relâche, prescrivant un prompt embarquement. Les armateurs n’obéissaient pas, et les autorités n’osaient les contraindre à obéir.

Le 1er mai, du Casse fait part de ces faits à Pontchartrain dans une lettre où il donne un libre cours à la verve mordante de son esprit caustique: «Monseigneur, écrit-il, j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire du 15 avril, pour m’informer que le roi donnera des vaisseaux pour l’escorte des galions et de la flotte au mois de septembre.

«J’ai déjà eu l’honneur de vous informer des ordres du Conseil des Indes pour presser leur départ dès à présent; sur quoi il est arrivé depuis peu de jours un extraordinaire pour ce sujet; mais personne ne s’est mis en devoir d’exécuter ses ordres.

«Outre la crainte et le péril évident que voient les commandants de vaisseaux, pour les obliger à retarder, il y a une raison plus forte: c’est que les galions et la flotte ne vont aux Indes que pour y porter le chargement de leurs marchandises. Les marchands qui les embarquent d’ordinaire ne se sont point mis en devoir de charger, et regardent tranquillement les empressements inutiles et hors de propos du Conseil des Indes, pour ce départ, sans escorte; et aujourd’hui, on aurait beau assurer les négociants qu’il y en a, ils sont assez habiles pour juger qu’il n’est pas possible de les faire sortir sans un péril évident de tomber entre les mains des ennemis.