«Il faut que M. le comte de Foncalade ait quelque raison, que je ne comprends pas, pour ne pas venir ici, le temps ayant toujours été favorable depuis huit jours. J’ai su qu’il avait dépêché un courrier au roi catholique, et je veux croire que c’est cette raison qui l’a retenu. Quand il aura l’ordre, le vent ne sera plus bon, et les ennemis formeront dans la suite un obstacle invincible.»

Cette lettre venait de partir lorsque du Casse en reçut une de Pontchartrain, datée du 13 mai, le félicitant du tact et de la mesure avec lesquels il agissait:

«Monsieur, j’ai reçu la lettre que vous m’aviez écrite le 17 du mois passé, et j’ai rendu compte au Roi de la conduite que vous tenez avec M. le marquis de Valdecania et avec les autres officiers espagnols qui servent dans Cadix. Sa Majesté l’a approuvée entièrement et vous exhorte de la continuer, de manière que dans les mouvements que vous vous donnez pour contribuer à la défense de cette place, il puisse toujours leur paraître qu’elle les regarde particulièrement et que vous ne vous en mêlez que pour les aider.»

Presque chaque jour du Casse écrivait à Pontchartrain, ne variant pas sur ce thème, que si l’armée navale ennemie voulait se donner la peine de forcer l’entrée du port de Cadix, rien ne saurait l’en empêcher.

Sur ces entrefaites le ministre envoya à l’amiral un système de fourneaux destinés à faire rougir les boulets pour incendier les vaisseaux.

C’est donc à ce moment qu’on doit rapporter l’infernale et nouvelle invention du tir à boulet rouge, si souvent employé depuis, principalement sur mer et pour la défense des côtes.

Voici la curieuse lettre de Pontchartrain à ce sujet; elle est datée du 20 mai 1705.

«Monsieur, je vous envoie le dessin que le sieur de Logivières m’adresse d’un fourneau pour faire rougir des boulets, avec l’explication sur la manière de s’en servir et de charger les canons. Vous verrez qu’elle est très-aisée et la dépense très-médiocre. On en peut tirer beaucoup d’utilité pour la défense de Cadix, n’y ayant point de vaisseaux qui osent tenir une demi-heure sous des batteries dans lesquelles on pourra se servir de ces boulets. Il ne s’agit que de s’y préparer et d’établir des fourneaux dans le Pontal, à Matagorde, et dans les autres endroits qu’on jugera à propos, avec les ustensiles nécessaires, de sorte qu’il ne reste qu’à y mettre le feu lorsqu’on en aura besoin.»

Malgré les préparatifs de toute sorte pour la défense de Cadix, le Conseil des Indes crut que cette place, si elle était attaquée, tomberait infailliblement aux mains des ennemis, et ayant dû renoncer à faire partir les galions et la flotte, le Conseil fit décharger les effets du roi d’Espagne et les fit envoyer à Séville. Au mois de juillet, l’archiduc Charles étant venu mettre le siége devant Barcelone, l’armée navale ennemie étant entièrement occupée à maintenir le blocus de cette place, du Casse pensa qu’en faisant diligence les bâtiments de commerce pourraient sortir de la rade de Cadix sans danger, avec quatre vaisseaux français, et aller attendre le reste de l’escorte que Louis XIV mettait à leur disposition à la rade de Gorée, où ils seraient à l’abri d’un coup de main.

Mais du Casse ne voulait pas faire lui-même cette proposition directement au Conseil des Indes, pensant qu’elle serait rejetée. Il jugeait, pour la faire réussir, l’intervention du Roi de France nécessaire; il savait que le Conseil des Indes ne se départirait pas de ses anciennes idées, «car, dit-il avec autant de profondeur dans l’esprit que de sagacité dans le jugement, c’est le propre des ignorants de ne jamais vouloir changer ce qu’ils ont pratiqué.» Du Casse exprime son opinion sur toutes les mesures à prendre dans une lettre à Pontchartrain datée du 4 août, et prévient le ministre qu’il a déjà mis l’ambassadeur au courant de la situation: