«Ordre du roi qui enjoint au sieur Chaze, commissaire de la marine, de servir à la suite de l’escadre des vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest, sous le commandement du sieur du Casse, et de s’embarquer sur le Saint-Michel ou sur tel autre vaisseau que le lieutenant général du Casse jugera à propos.»
Le 27 du même mois.
«Ordre du roi, qui ordonne au sieur de Jourdan de faire, sous les ordres ou en l’absence du sieur Chaze, les fonctions de commissaire de la marine à la suite de l’escadre de vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest sous le commandement du sieur du Casse, lieutenant général des armées navales.»
Pendant son séjour à Brest, du Casse ne s’occupa pas uniquement de l’armement de l’escadre qui lui était destinée. Il consacrait aussi bien des moments au soin des intérêts généraux du corps de la marine. Il seconda de tous ses efforts Du Guay-Trouin, qui faisait ses préparatifs pour la célèbre expédition de Rio-Janeiro.
Il favorisa la prospérité de la compagnie de l’Assiento, qu’il avait formée, ainsi qu’on l’a vu, en 1701. Il écrivit, le 15 mars 1711, à l’un de ses directeurs, le célèbre Crozat, père de la belle et vertueuse duchesse de Choiseul-Stainville, femme du ministre de Louis XV, la lettre suivante:
«Je viens de recevoir votre dépêche du 11, monsieur, et d’écrire à M. de Chipaudière de faire sortir votre vaisseau au premier bon vent, après qu’il sera prêt. Vraysemblablement cela doit aller jusqu’au 20; pour moy, je suis tout prest, je vous remercie et la compagnie de Saint-Domingue, des ordres que vous envoyez à Saint-Louis pour expédier un vaisseau si j’en ay besoin. Ce que j’y ay affaires regarde M. le duc d’Albuquerque, et rien ne me presse. Votre vaisseau est ce qu’il me faut, et pour l’aller et pour le retour, ainsy que j’ai eu l’honneur de vous le dire.
«M. du Guay-Trouin armé, il peut, dans ses besoins éloignés pour la course, prendre des vaisseaux à quelque colonie où il y aura des nègres qui pourraient l’embarrasser pour la vente; il demande des ordres pour tous les facteurs de nos comptoirs, qu’ils aient à les recevoir pour les vendre pour son compte en payant à l’Assiento, sur le prix d’iceux, 30 pour 0/0, exempts de tous droits; il ne peut arriver aucun inconvénient en le lui accordant, et au contraire un grand préjudice à la compagnie de ne le pas faire. Si vous ne voulez pas vous donner ce soin, monsieur, chargez-en M. Legendre, et envoyez audit sieur du Guay des expéditions conformes au modèle que je vous envoie. Je vous remercie de tout mon cœur des nouvelles que vous me donnez de M. de Vendosme.»
A la fin de mars, l’amiral du Casse quitta Brest. La saison était mauvaise, les coups de vent très-violents. Craignant d’être séparé de ses vaisseaux, il donna rendez-vous à chaque capitaine au port Louis de Saint-Domingue, en cas de dispersion. Bien lui prit de cette précaution. A cent lieues environ des côtes de France, deux bâtiments, l’Hercule et le Griffon, furent entraînés loin de lui. Il se dirigea vers Madère. A peu de distance de cette île, il rencontra un navire portugais richement chargé, dont il s’empara.
Après avoir fait relâche à Madère, il fut à Porto-Rico, y resta quelques jours, s’approvisionna d’eau et de différentes autres choses dont il avait besoin. Il lui fut rapporté dans cette ville, que les habitants de Santo-Domingo s’étaient mis en révolte contre l’autorité de Philippe V et avaient reconnu l’archiduc Charles. En qualité de capitaine général d’Espagne, du Casse crut devoir se rendre en cette ville, afin de faire tout rentrer dans l’ordre. En y arrivant, il reconnut qu’on avait fait courir un faux bruit. Voici du reste comment il raconte cet incident au gouverneur de Saint-Domingue, le chevalier de Charitte, ainsi que le rapporte cet officier dans une lettre écrite à Pontchartrain un mois et demi plus tard, le 23 juin: