Il envoya sur-le-champ le comte de Durtal (depuis duc de la Rochefoucauld), cousin germain de son gendre, le marquis de Roye, auprès de Philippe V, pour annoncer au prince l’heureuse nouvelle de l’arrivée des trésors si impatiemment attendus; le comte de Durtal, dans l’accomplissement de sa mission, ne manqua pas de faire valoir les habiles dispositions de l’amiral du Casse, que le mariage de la marquise de Roye lui faisait considérer comme étant en quelque sorte de la famille de La Rochefoucauld. Le roi d’Espagne, au comble de la joie, voulant donner à du Casse une marque éclatante de l’estime où il tenait ses services, le fit chevalier de la Toison-d’Or.

Le décret de nomination est du 24 avril 1712; le mois suivant, du Casse se rendit à Madrid et reçut, le 23 mai, l’investiture de sa nouvelle dignité des mains mêmes du roi d’Espagne.

L’arrivée de l’amiral du Casse fut accueillie avec des transports de joie dans les régions gouvernementales; jamais service plus signalé n’avait été rendu à la monarchie de Philippe V. Les richesses apportées par du Casse permettaient de continuer la guerre. Ainsi se trouvait assuré le sort de la maison de France sur le trône de la Péninsule. Désormais il n’y aurait plus à craindre de voir le Trésor public forcé de renoncer à faire honneur à ses engagements et manquer d’argent, ce nerf de la guerre. Du Casse venait de remplir, avec un bonheur et une adresse sans pareils, à travers mille périls, une mission dont personne n’avait osé se charger. Aussi était-il le héros du jour.

«Monseigneur, écrit le marquis de Bonnac à Torcy, le roi d’Espagne me fait donner avis de l’arrivée de M. du Casse dans le port de La Corogne. Jamais nouvelle n’a été tant attendue ni reçue avec plus de joie.»

Le même jour, 29 février 1712, la princesse des Ursins, l’Egérie de Philippe V, fait part de l’heureux événement du jour au marquis de Torcy et lui fait pressentir l’influence que peut avoir l’arrivée de du Casse sur les destinées de l’Espagne:

«Je viens d’apprendre dans cet instant, Monsieur, l’arrivée de M. du Casse dans un port de Galicie avec ses vaisseaux; cet événement mortifiera nos ennemis, puisqu’il met Sa Majesté catholique en état de continuer la guerre, s’ils ne veulent pas faire une paix raisonnable.»

La princesse des Ursins juge cet événement comme si important qu’elle ne peut s’empêcher de manifester sa satisfaction dans une lettre à la marquise de Maintenon, lettre tout entière à la douleur que font éprouver les deuils successifs qui viennent de frapper la maison royale en France.

«Quoiqu’il soit impossible de ressentir aucune joie dans ces tristes conjonctures, on ne peut cependant s’empêcher de regarder comme une excellente nouvelle celle de l’arrivée de M. du Casse à La Corogne.»

De son côté le duc de Vendôme écrit à Torcy, le 1er mars:

«M. du Casse est enfin arrivé. Nous commencions à en être en peine. Bien des gens craignaient, voyant qu’il tardait tant, qu’il ne lui fût arrivé quelque accident. Mais enfin le voilà en Espagne, avec l’argent qu’il était allé chercher. Jamais secours n’est arrivé plus à propos, car nous ne laissions pas d’être en peine de trouver des fonds pour mettre les troupes en état d’entrer en campagne.»