«Je reçus, Monseigneur, avant-hier à midi par votre courrier, l’honneur de vos ordres du 14 de ce mois,

«Vos dépêches pour MM. du Casse et de Bellefontaine,

«Et un ordre de fonds pour quatre mois d’appointements et nourriture à huit lieutenants et à huit enseignes de marine destinés à servir sur les vaisseaux du roi d’Espagne.

«M. du Casse arriva, Monseigneur, avant-hier sur les neuf heures du soir, un peu fatigué, ayant beaucoup pris sur lui dans la route pour se rendre en diligence; il soupa avec appétit, et, ayant bien reposé la nuit, je lui remis votre paquet hier au matin, et, après avoir lu votre lettre, je l’informai de l’état de ses vaisseaux, des ordres que j’ai reçus et de ce que j’ai fait en conséquence, et il donna les siens pour tout ce qui était à régler de sa part. Les eaux et les bains lui ont fait beaucoup de bien.

«Il a trouvé, Monseigneur, les deux vaisseaux en rade, les officiers mariniers et les soldats payés, les poudres, les vivres et les rechanges embarqués, et les ouvrages finis; ainsi ma mission est remplie comme vous l’aurez pu désirer; il ne reste qu’à rassembler les matelots libertins pour ce qui regarde l’armement de ces vaisseaux.

«A l’égard des préparatifs pour le siége de Barcelone, M. Cateline espère avoir achevé aujourd’hui la levée de quatre-vingt-seize canonniers et le remplacement des bombardiers embarqués avant de les payer de leurs avances, et je fais embarquer pour dix jours de vivres sur les deux vaisseaux pour leur passage, sur lesquels ils seront distribués également, aussi bien que les officiers d’artillerie, etc...»

Dans cette lettre M. de Vauvré répond au courrier du 14 février, qui contenait, ainsi que nous l’avons dit plus haut, les instructions pour du Casse. Voici ces instructions et la lettre du Roi à l’amiral du Casse:

«Monsieur du Casse, le roi d’Espagne, mon petit-fils, m’ayant demandé deux de mes vaisseaux pour fortifier ceux qu’il a fait armer à Cadix et à Gênes pour réduire à son obéissance ses sujets rebelles de Catalogne et des îles qui en dépendent, je vous ai choisi pour les commander, par la connaissance que j’ai de votre expérience et de votre zèle pour mon service. J’ai ordonné pour cet effet à Toulon l’armement des vaisseaux l’Entreprenant et le Furieux. Comme je ne doute point que mes ordres n’aient été promptement exécutés, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que, aussitôt que les vents le permettront, vous mettiez à la voile pour poursuivre votre destination et remplir les ordres du roi d’Espagne, mon petit-fils. Il a désiré que vous commandiez généralement toutes les forces maritimes qui seront employées à bloquer Barcelone par mer, ou autres opérations utiles au bien de son service, et qu’en cas de votre absence ou maladie, elles soient sous le commandement du sieur d’Aligre, chef d’escadre de mes armées navales, à qui j’ai accordé mon vaisseau le Furieux, il recevra les ordres nécessaires pour se faire reconnaître en cette qualité, lorsqu’il en sera besoin, et les officiers espagnols et français auront celui de lui obéir partout où vous ne serez pas.

«Je ne vous prescris rien sur votre navigation ni sur les services que vous pourrez rendre dans la campagne que vous allez faire, comptant sur votre expérience, et que vous n’omettrez aucune des commissions dont vous serez chargé par le roi mon petit-fils; mais mon intention est que les deux vaisseaux de guerre dont je vous confie le commandement, ainsi que les frégates l’Hermione et la Vierge de Grâce, les trois barques et tous les autres bâtiments qui seront armés avec des équipages français, portent mon pavillon. J’estime qu’il suffira que celui sur lequel vous serez embarqué porte la cornette au grand mât pour marque de commandement.

«Et comme, en cas de rencontre à la mer entre les vaisseaux turcs ou barbaresques et les espagnols et génois portant pavillon d’Espagne qui seront sous votre commandement, vous pourriez être embarrassé du parti que vous devriez prendre pour ne rien faire qui puisse m’être désagréable, je suis bien aise de vous dire que le roi catholique en ce cas est demeuré d’accord que vous empêcherez tout acte d’hostilité de part et d’autre, et que vous déclarerez même aux commandants qui sont à sa solde et sous son pavillon, ainsi qu’aux infidèles, afin de les mieux contenir, qu’il vous est ordonné de prendre parti sans ménagement contre les agresseurs, et mon intention est que vous l’exécutiez avec tous les bâtiments français qui sont sous vos ordres. Je donne à Toulon celui de détacher, à la prière du roi d’Espagne, trois cent soixante-quinze hommes de mes troupes de la marine pour être embarqués avec les officiers majors des compagnies, savoir: deux cents sur les trois navires du marquis de Marry et le reste sur les quatre plus forts de ceux armés à Cadix; comme il est nécessaire que, dans chacun des autres de cette dernière escadre, il y ait au moins un officier français qui observe et explique vos signaux au capitaine espagnol, vous choisirez parmi les présents dans le port ceux que vous estimerez plus capables de cette fonction, et vous observerez que ces officiers et soldats ne doivent servir sur ces vaisseaux espagnols et génois que pendant qu’ils seront sous votre commandement et point par terre. J’ai donné ordre encore, sur les instances du roi mon petit-fils, que les officiers entretenus dans l’artillerie de marine avec les bombardiers et canonniers de mer qu’il m’a demandés, soient prêts à s’embarquer sur les vaisseaux de l’escadre dont vous avez le commandement; je désire que vous les y fassiez recevoir et nourrir pendant le passage, et qu’ils se débarquent dans l’endroit de la côte de Catalogne que vous jugerez le plus sûr et commode, avec le reste des munitions et ustensiles que j’ai fait fournir et qui n’auront pu être embarqués dans les vaisseaux du marquis de Marry ou autres bâtiments de charge à sa suite.