—Seigneur, emportez cela et dites: Cette poussière est l’antique Rome.
Un riche amateur lui montrant un tableau de sa façon, il lui dit:
—Il ne manque à l’auteur pour être bon peintre que d’être moins riche.
On lui demandait quel fruit il avait recueilli de son expérience?
—Celui de pouvoir vivre avec tout le monde.
Poussin, grâce à sa vie régulière, avait joui longtemps, quoique assez peu robuste, d’une bonne santé; mais en 1657, les infirmités, triste suite de l’âge, commencèrent à se faire sentir; il eut une première atteinte de paralysie et il écrivit à M. de Chantelou: «Si la main me voulait obéir, je pourrais, je crois, la conduire mieux que jamais; mais je n’ai que trop d’occasions de dire ce que disait Thémistocle en soupirant, sur la fin de sa vie, que l’homme décline et s’en va lorsqu’il est prêt à bien faire. Je ne perds pas le courage pour cela; car tant que la tête se portera bien, quoique la servante soit débile, il faudra que celle-ci observe les meilleures et les plus excellentes parties de l’art qui sont du domaine de l’autre.»
Grâce à cette énergie de volonté, Poussin continua de travailler et, presque jusqu’à la fin de sa vie, il tint les pinceaux, malgré le tremblement de sa main; les tableaux de cette dernière période, qu’on ne peut appeler de déclin, parmi lesquels se trouvent les Quatre saisons, ne sont inférieurs à aucun des précédents et peut-être ils les surpassent par la poésie sublime, surtout les derniers, cet Hiver ou ce Déluge qu’on a si justement appelé le Chant du cygne.
Au commencement de l’année 1664, Poussin perdit sa femme, sa chère Marie Dughet. La lettre par laquelle il annonce ce malheur à son ami et qu’il lui fallut dix jours pour écrire ou dicter, tant il était déjà malade lui-même, est des plus touchantes; c’est bien le cœur qui parle: «.... Quand vous connaîtrez la cause de mon silence, non-seulement vous m’excuserez, mais vous aurez compassion de mes misères. Après avoir, pendant neuf mois, gardé dans son lit ma bonne femme malade d’une toux et d’une fièvre d’étisie qui l’ont consumée jusqu’aux os, je viens de la perdre quand j’avais le plus besoin de son secours. Sa mort me laisse seul, chargé d’années, paralytique, plein d’infirmités de toutes sortes, étranger et sans amis; car en cette ville il ne s’en trouve point. Voilà l’état auquel je suis réduit; vous pouvez vous imaginer le demeurant.
«Me voyant dans un semblable état, lequel ne peut durer longtemps, j’ai voulu me disposer au départ. J’ai fait pour cet effet un peu de testament par lequel je laisse plus de 10,000 écus à ces pauvres parents qui demeurent aux Andelys. Ce sont gens grossiers et ignorants qui, ayant après ma mort à recevoir cette somme, auront grand besoin du secours d’une personne honnête et charitable. Dans cette nécessité, je vous viens supplier de leur prêter la main.»
Au mois de janvier 1665, il écrit à Félibien: «Il y a quelque temps que j’ai abandonné les pinceaux, ne pensant plus qu’à me préparer à la mort; j’y touche du corps, c’est fait de moi.»