Avant de déposer la plume, quelques mots encore sur l’institution des Jeunes Aveugles. La réunion de l’établissement et de celui des Quinze-Vingts, jugée par les résultats, cessa par une ordonnance du mois de février 1815. Transférés peu après rue Saint-Victor, dans l’ancien collége Saint-Firmin, les Jeunes Aveugles y restèrent jusqu’à l’année 1843, où l’établissement fut installé d’une manière définitive, rue Masseran et boulevard des Invalides, dans les bâtiments construits exprès pour lui et dans lesquels sont logés le directeur, les professeurs et les élèves, au nombre de 170, payants ou boursiers. L’éducation doit se terminer en huit années.

L’édifice, avec ses dépendances, formant la maison dite des Jeunes Aveugles, a été construit par l’architecte Philippon. Le fronton, qui fait honneur au talent du sculpteur Jouffroy, représente, d’un côté, Valentin Haüy instruisant ses élèves; de l’autre, une jeune femme qui donne des leçons aux petites filles aveugles. Au milieu, apparaît la Religion qui les encourage et les protége.

[6] Eloge de René-Just Haüy.


JACQUARD


Dans l’église d’Oullins, joli village à une lieue de Lyon, on lit, sur une des parois de la muraille, cette inscription:

A LA MÉMOIRE
DE JOSEPH-MARIE JACQUARD
MÉCANICIEN CÉLÈBRE,
HOMME DE BIEN ET DE GÉNIE,
MORT A OULLINS, DANS SA MAISON,
LE VII AOUT MDCCCXXXIV,
AU SEIN DES CONSOLATIONS RELIGIEUSES.
AU NOM DES HABITANTS DE LA COMMUNE,
HOMMAGE
DU CONSEIL MUNICIPAL
DONT IL AVAIT FAIT PARTIE.

Sur la place Sathonay, à Lyon, on voit également une statue en bronze de Jacquard, ouvrage de Foyatier, l’auteur de Spartacus, et inaugurée le dimanche 16 août 1840[7]. Dans le musée de Lyon, enfin, on admire un portrait en pied des plus remarquables du même Jacquard, portrait qui fut exécuté, par suite d’un vote du conseil municipal et du vivant même de Jacquard.

Quel était donc cet homme auquel furent décernés tant d’honneurs singuliers attestant une reconnaissance si vive, glorieuse pour celui qui en était l’objet comme pour ceux que l’on voyait empressés à multiplier les preuves de leur vénération et de leur gratitude? Cet homme, il nous plaît d’avoir à le dire, ce n’était ni un grand roi, ni un célèbre homme d’État, ce n’était pas davantage un illustre capitaine ou quelque poète fameux, non, mais tout simplement le fils d’un pauvre et obscur ouvrier, ouvrier lui-même avant qu’il fût parvenu au premier rang par sa persévérance héroïque. Sa vie est de celles qu’on est heureux d’avoir à raconter; car comme le dit si bien son épitaphe, il fut tout à la fois: Homme de bien et de génie.