»—Sire, leur conscience et la postérité se chargent de la récompense. Vous pouvez déjà leur en accorder une qui les comblera.

»—Laquelle?

»—Embrassez-les.

»Le lendemain, il les pressa contre son cœur, et tous deux fondirent en larmes.

»..... Ce fut moi qui, le premier, annonçai au roi le décret de mort: il était dans l’obscurité, le dos tourné à une lampe placée sur la cheminée, les coudes appuyés sur la table, le visage couvert de ses mains. Le bruit que je fis le tira de sa méditation; il me fixa, se leva et me dit:

»Depuis deux heures, je suis occupé à rechercher si, dans le cours de mon règne, j’ai pu mériter de mes sujets le plus léger reproche. Eh bien! monsieur de Malesherbes, je vous le jure dans toute la vérité de mon cœur, comme un homme qui va paraître devant Dieu, j’ai constamment voulu le bonheur du peuple, et jamais je n’ai formé un vœu qui lui fût contraire.»

»Je revis encore une fois cet infortuné monarque: deux officiers municipaux se tenaient debout à ses côtés; il était debout aussi et lisait. L’un des officiers municipaux me dit:

«—Causez avec lui, nous n’écouterons pas.»

«Alors j’assurai le roi que le prêtre qu’il avait désiré allait venir. Il m’embrassa et me dit:

»La mort ne m’effraie pas, et j’ai la plus grande confiance dans la miséricorde de Dieu.»