Ces traits et d’autres qu’on pourrait citer justifient pleinement ce qu’a dit de Monge son collègue et son ami qui n’était que l’écho de la voix publique. «Les biographes.... trouveront en lui le plus parfait modèle de délicatesse; l’ami constant et dévoué; l’homme au cœur bon, compatissant, charitable; le plus tendre des pères de famille. Ses actions leur paraîtront toujours profondément empreintes de l’amour de l’humanité; ils le verront, pendant plus d’un demi siècle, contribuer avec ardeur, je ne dis pas assez, avec une sorte de fougue, à la propagation des sciences dans toutes les classes de la société, et surtout parmi les classes pauvres, objet constant de sa sollicitude et de ses préoccupations.

«Vous me pardonnerez, Messieurs, d’avoir ajouté ces nouveaux traits à ma première esquisse. N’encourageons personne à s’imaginer que la dignité dans le caractère, l’honnêteté dans la conduite, soient, même chez l’homme de génie, de simples accessoires; que de bons ouvrages puissent jamais tenir lieu de bonnes actions. Les qualités de l’esprit conduisent quelquefois à la gloire; les qualités du cœur donnent des biens infiniment plus précieux: l’estime, la considération publique et des amis[47]».

Ce dernier paragraphe tout entier serait à souligner.

[47] Arago. Notices biographiques, T. II.


MONTYON


«Ma vie n’a pas eu grand éclat; peut-être en a-t-elle eu trop pour mon bonheur. Cependant si je puis me féliciter de quelques actions louables, j’ai pris plus de soin pour les cacher que d’autres n’en ont pris pour en cacher de repréhensibles. Celles de mes actions qui ont eu une publicité indispensable prouvent que je n’ai point l’âme servile.»

Montyon s’exprimait ainsi en 1796, devant le roi Louis XVIII, et sa conduite, durant tout le cours et jusqu’à la fin de sa longue carrière, n’a jamais paru donner un démenti à ce langage. Tout semble prouver qu’en faisant le bien, il obéissait à un mobile supérieur et non au désir d’une satisfaction vaine et fugitive qu’on peut retirer des applaudissements de la foule.

Montyon (Antoine-Jean-Baptiste-Robert Auget, baron de) né le 23 décembre 1733, au château de Montyon, se sentit de bonne heure une vocation prononcée pour la carrière des lois, et fut nommé, en 1755, avocat du roi au Chatelet. Dans l’exercice de sa profession, il se montra ce qu’il fut toute sa vie, dit M. de Chazet[48] «laborieux, intègre, désintéressé, personne ne pouvait trouver de protection près de lui que dans son droit, et toutes les fois qu’il eut à prendre des conclusions dans une affaire, aucune considération ne balança dans son esprit le sentiment des devoirs.» Aussi l’avait-on surnommé au Palais pour son caractère inflexible le Grenadier de la Robe.