Entré comme conseiller au grand Conseil, seul, en 1766, il osa s’opposer à la mise en accusation de la Chalotais. Nommé, l’année suivante, à l’intendance d’Auvergne, il y fit bénir son administration bienfaisante autant qu’intelligente au milieu d’une disette des plus cruelles qui désola la contrée; il dépensait jusqu’à 20,000 francs par an, prélevés sur son propre revenu, pour donner du travail ou des secours aux indigents. Cependant, tout en exaltant son zèle, le ministre le transféra à l’intendance de Provence, puis à celle de la Rochelle, pour donner sa place à un autre plus favorisé. Ce ne fut qu’en 1775, grâce à l’intervention du duc de Penthièvre, que justice lui fut rendue: revenu à Paris, il se vit appelé au Conseil d’État. En 1780, le comte d’Artois, le nomma, avec l’agrément du roi, son frère, chancelier chef de son conseil.
Dès cette époque, M. de Montyon s’occupait, en dehors de ses fonctions publiques, de travaux utiles, littéraires et philanthropiques. Il fonda, 1o en 1780, un prix annuel pour des expériences profitables aux arts, sous la direction de l’Académie des Sciences et il y consacrait une rente perpétuelle au capital de 12,000 francs.
2o En 1782, il fonda un prix annuel en faveur de l’œuvre littéraire dont il pourrait résulter le plus grand bien pour la société au jugement de l’Académie française: rente au capital de 12,000 francs.
3o Même année: un prix en faveur d’un Mémoire ou d’une expérience qui rendrait les opérations moins malsaines pour les artistes et pour les ouvriers: une rente au capital de 12,000 fr.
4o En 1783, aux pauvres du Poitou et du Berry, don d’une somme de 12,000 fr.
5o La même année, une rente viagère de 600 fr. est faite à un homme de lettres qui n’a jamais su de qui il recevait cette pension.
6o Même année (1783), fondation d’un prix en faveur d’un Mémoire soutenu d’expériences tendant à simplifier les procédés de quelque art mécanique: une rente viagère au capital de 12,000 fr.
7o Un prix pour un acte de vertu accompli par un Français pauvre: rente au capital de 12,000 fr.
8o En 1787, un prix annuel sur une question de médecine au jugement de l’École de Médecine: une rente perpétuelle au capital de 12,000 fr.
Ces fondations, excellentes à tous égards, étaient inspirées par les plus généreux mobiles, et la vanité y restait complètement étrangère, leur auteur, dit M. Chazet, gardant avec soin l’anonyme «auquel il tenait comme la pudeur à son voile.»