Et l'égorgeur, subitement attendri, l'entraîne dans un endroit connu de lui seul, où il le fait cacher et où déjà se trouvaient deux autres pauvres prêtres, épargnés par lui. Le soir, il revint avec des habits de gardes nationaux qui permirent à tous d'échapper.
Mais ces traits d'humanité si inattendus furent rares, et les monstres ne faisaient pas grâce aisément. Au reste, il faut dire que les affidés de Maillard, quoique d'affreux scélérats, n'étaient que des meurtriers en sous-ordre, payés pour le crime, de misérables instruments. Les vrais coupables, dit M. Mortimer-Ternaux, ce furent Marat, Danton, Robespierre, Manuel, Hébert, Billaud-Varennes, Panis, Sergent, Fabre d'Églantine, Camille Desmoulins et une douzaine d'autres individus plus obscurs, membres du Comité de surveillance ou seulement du Conseil général de la Commune. Quant aux mobiles qui les poussèrent à ces horribles attentats, pour les uns, ce fut le désir de se perpétuer dans la dictature, pour les autres, un moyen de ne pas rendre certains comptes, en imposant à tous silence par la terreur.
L'heure des justices d'ailleurs ne se fit pas attendre; l'année n'était pas écoulée, que tous ou presque tous, ils avaient été rendre compte au Juge infaillible, guillotinés les uns par les autres, comme a dit un vigoureux poète, dans sa langue originale:
Qui donc nierait l'Être qui venge
Le droit et punit le méchant,
En voyant tous ces cœurs de fange
S'entr'accusant, s'entr'égorgeant,
Jusqu'au jour fatal et suprême,
Où tombe enfin, frappé lui-même,
Cet homme à l'œil terne, au teint blême,
Qui, trônant en roi dans ce lieu,
Comme un joueur qui longtemps gagne,
Avec la terreur pour compagne,
Légiférait sur la Montagne,
Sinaï digne d'un tel dieu?
[ [68] Barruel: Histoire du Clergé pendant la Révolution.
[ [69] Extrait d'une lettre intéressante de l'abbé Frontault, l'un des prêtres échappés au massacre, et publiée tout récemment dans les Études religieuses, historiques et littéraires (Décembre 1867).
[ [70] Il se nommait Tanche.
[ [71] Mortimer-Ternaux.—Histoire de la Terreur, t. III.
[ [72] Sorel.— Le Couvent des Carmes et l'ancien séminaire de St-Sulpice.
[73] Le sieur Violette, paraît-il, peu digne de cette confiance, ne remit rien au pauvre traiteur.