À droite, un escalier de quelques marches conduit dans une pièce carrée, d'une décoration noble et sévère et dont les murs sont recouverts avec les dalles enlevées à l'ancienne chapelle et qu'avait tachées le sang des martyrs égorgés dans l'oratoire.

On revient par un autre escalier dans le sanctuaire, en face de l'autel derrière lequel s'ouvre une porte qui conduit dans une salle plus grande, jusqu'ici à peu près vide, où du moins se trouvent seulement, dressées contre la muraille, les pierres tumulaires renfermées antérieurement dans les caveaux. Dans les inscriptions un nom surtout nous a frappé, celui de madame de Soyecourt.

On descend dans la crypte, ce que nous aurions dû dire d'abord, par un grand et bel escalier creusé dans l'église même, non loin de la porte d'entrée, et qui aboutit à une première salle précédant le sanctuaire. Dans cette pièce, les yeux tout d'abord sont attirés par une reproduction ou mieux une réduction de l'ancienne chapelle, éclairée à l'intérieur, ce qui permet d'en saisir du premier coup d'œil l'ensemble et les détails, et dispose aux impressions solennelles qui vous attendent dans le sanctuaire à la vue des vénérables reliques, et au souvenir de la tragique scène, «digne, comme l'a dit un grand écrivain, des plus beaux siècles de l'Église.»

Nous ne serons que juste en disant que l'exécution de cet important travail fait le plus grand honneur aux architectes, MM. Douillard frères, qui, dans la construction de la crypte, comme dans l'arrangement et l'ornementation, ont prouvé non moins d'intelligence et de goût que de piété. Ils ont répondu pleinement à la mission de confiance dont les avait honorés Monseigneur Darboy, et l'impression est telle, qu'après une visite à la nouvelle chapelle, ceux-là mêmes que le changement proposé ou plutôt obligé avait le plus désolés d'abord, sentent diminuer leur regret. Disons mieux, ils sont heureux de s'avouer qu'on n'a maintenant qu'à s'en applaudir et que le nouveau sanctuaire, si riche des récentes découvertes, témoigne d'autant d'admiration que de respect pour la gloire des Martyrs. Nul doute qu'on y verra le même concours empressé des fidèles. Plus d'un lecteur, plus d'une lectrice peut-être, après avoir lu notre article, voudra juger par ses yeux et n'attendra pas sans quelque impatience le matin ou l'après-midi du vendredi, car la crypte n'est ouverte que ce jour-là, sans doute par la nécessité de la surveillance, comme aussi à cause de la dépense occasionnée par le luminaire.


LES CATACOMBES

Les Catacombes sont d'anciennes carrières dans lesquelles sont déposés les ossements extraits des cimetières supprimés successivement à Paris. M. Guillaumot, premier inspecteur général, fit exécuter, au commencement de l'année 1786, les travaux nécessaires pour la consolidation des galeries et la disposition des lieux destinés à recevoir les ossements exhumés du cimetière des Innocents, le premier supprimé. Les travaux continués constamment depuis firent des Catacombes ce qu'elles sont aujourd'hui. On y descend par trois escaliers, le premier creusé rue d'Enfer, le second situé à la Tombe Isoard, le troisième dans la plaine Mont-Souris.

Avant les travaux dont nous parlons plus haut, beaucoup de monuments, l'Observatoire le Luxembourg, l'Odéon, le Val-de-Grâce, le Panthéon, l'église Saint-Sulpice, etc., se trouvaient comme suspendus dans le vide au-dessus de vastes abîmes où d'un instant à l'autre, ils pouvaient s'engloutir: «Dans nos recherches et nos travaux, dit M. Héricart de Thury, nous nous sommes particulièrement attachés à établir le rapport le plus rigoureux, ou si l'on veut me permettre l'emploi de ce mot, la corrélation la plus intime et la plus réciproque des détails de la surface et de l'état des vides. C'est en suivant ce plan d'une manière uniforme que nous avons tracé, ouvert et conservé au-dessous et à l'aplomb de chaque rue, une ou deux galeries suivant la largeur de la voie, de manière à diviser respectivement les quartiers, à isoler les massifs, à préparer la reconnaissance des propriétés, à déterminer leur étendue, à fixer leurs limites au-dessous de celles de la surface, à tracer, à plus de quatre-vingts pieds de profondeur, le milieu des murs mitoyens sous le milieu même de leur épaisseur, à rappeler le numéro de chaque maison exactement au-dessous de celui de la propriété; enfin, je le répète, à établir un tel rapport entre le dessus et le dessous qu'on peut en voir et en vérifier la rigoureuse correspondance sur les plans de l'inspection.»

On doit à M. Frochot, préfet de la Seine sous le premier Empire, d'importantes améliorations dans la disposition et l'arrangement des galeries et ossuaires qui ajoutent beaucoup à l'intérêt pour le visiteur. Nous citerons, après la chapelle, une curieuse collection pathologique où sont classés avec méthode toutes les espèces d'ossements déformés par quelque maladie. Une autre collection, dite minéralogique, nous offre la série complète des bancs de terre et de pierre qui constituent le sol et les parois des Catacombes.

On évalue à peut-être sept ou huit fois le nombre des vivants de la grande cité le total des individus dont les ossements reposent dans la ville souterraine. Le cimetière des Innocents, à lui seul, d'après ce qu'on calcule, dans une période de sept siècles, aura dû dévorer tout au moins douze cent mille cadavres. En 1780, un rapport constatait que «le nombre des corps déposés dans une fosse commune voisine de la rue de la Lingerie, excédant toute mesure et ne pouvant se calculer, en avait exhaussé le sol de plus de huit pieds au-dessous des rues et habitations voisines.»