Le capitaine William Smith, qui commandait le fort, leur offrit la plus cordiale hospitalité. Il leur promit de regonfler leur ballon avec du gaz qu'il fabriquerait exprès pour eux, en brûlant de la houille que la garnison tirait des mines et qui servait au chauffage du fort et de ses habitants. Ces mines précieuses se trouvaient à peine à une lieue du fort Leavenworth.

Le second jour après l'arrivée des Yankees au milieu du désert, une tribu de Peaux-Rouges qui venait chercher sa redevance en cet endroit et trafiquer avec les chefs du fort apporta deux magnifiques fourrures d'ours grizzly fraîchement écorchés. MM. Fergus et Thompson interrogèrent les Indiens au sujet de ces dépouilles. Il leur fut répondu que les animaux à qui elles appartenaient avaient été trouvés, l'un percé d'une balle qui lui avait traversé les poumons, l'autre ayant trois blessures bien apparentes, mais ayant en outre les membres fracassés, comme s'il fût tombé de très-haut.

Il n'y avait pas à s'y méprendre, les deux ours grizzly qui avaient été trouvés par les Peaux-Rouges étaient les mêmes que les chasseurs en ballon avaient tués du haut de leur nacelle. Il était fort difficile à nos Yankees de faire comprendre aux Peaux-Rouges que leur butin ne leur appartenait pas; aussi prirent-ils le parti d'acheter les deux peaux afin d'en être les vrais possesseurs.

Huit jours après, MM. Fergus et Thompson virent leur ballon se gonfler encore devant la forteresse américaine. Il fallut deux jours et demi pour «renflouer» le ballon. Les Indiens qui assistaient à cette opération paraissaient très-intrigués. Mais quand ils virent l'immense globe de soie se tenir debout oscillant sur les cordes qui le retenaient, fixées par terre à l'aide d'énormes pierres; quand ils aperçurent nos deux hardis voyageurs qui avaient fait leurs adieux à leurs compatriotes, monter dans la nacelle et crier, à un moment donné: «Lâchez tout!» ils poussèrent un formidable wooop! et se précipitèrent la face contre terre en manifestant une véritable terreur. Quand ils furent revenus de cette stupéfaction et qu'ils relevèrent la tête, le ballon parvenait à une hauteur immense et ressemblait à une petite boule dans l'espace bleu.

La seconde partie du voyage de MM. Fergus et Thompson s'opéra au-dessus des montagnes rocheuses de la Sierra-Nevada, du pays des Mormons, du lac Salé et des placeres de la Californie.

Vingt-sept heures après leur départ, ils atterrirent sur les rives du Sacramento, à 8 milles de San-Francisco. Leur voyage était terminé. Il leur avait fallu soixante heures pour accomplir la première partie et quarante-deux pour réaliser la seconde.

Les Yankees sont comme Guzman: ils ne connaissent pas d'obstacles.

Empalé!

La Perse, gouvernée par Mirza Mohamed Khan, tremblait sous la férule de ce despote cruel.

Seul, son frère, Zulma Khan, avait levé l'étendard de la révolte et maintenait son indépendance à la tête des tribus turcomanes dans la province éloignée du Megandejan. Cet illustre rebelle, qui osait braver le pouvoir du shah, avait, à plusieurs reprises, remporté des avantages importants sur les troupes royales, grâce à la bravoure de son fils Zohrab, le héros favori de sa race, la terreur et l'admiration de tout l'empire d'Iran.